‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 898 sur 1244 · LE PHILOSOPHE MARIE, ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

LE PHILOSOPHE MARIE, ACTE II, SCENE II

CÈUUtt*.

Et de quelle façon ?

DAHON.

Quoique tous m'appeliez pour vous faire raison , Je tous laisse le choix du temps , du lieu , des armes : Mais comme tous poitrriei m'dMoalrpar Ta entrant Pour rendre tout égal, ne conviendrez -vous pas De choisir une nuit pour vider nos débats ? Vous riez?

CKUANTE.

Oui, je ris, quoique fort en colère.

Cette saillie est bonne, et ne peut me déplaire.

(Elle rll plm tort. ) DAMON.

Je suis ravi de roir, par votre procédé.

Que notre différend sera bientôt vidé.

CBLIANTE, rppreiUDt un air serlmi.

Non , monsieur, je vous jure une haine éternelle.

DAMON, 1 put.

Dans sa bizarrerie elle est toujours nouvelle; Hais je sais le moyen de la Caire finir.

(àCélUnUO Je vois que mon pardon ne se peut obtenir : Quoiqu'à dire le vrai , j'ignore par quel crime J'allume votre haine et je perds votre estime. Mes soupirs , me* respects, ne font que vous lasser. Les inclinations ne se peuvent forcer : Je le sens, j'en mourrai. Mais pour votre supplice, Cruelle, après ma mort vous me rendrez justice. Vons me regretterez , quand vous ne m'aurez plus , Et vous serez en proie aux regrets superflus. Adieu.

. GBLIAWTE, ('altandriHMl.

DamoH, DamonI

DAMOtl, la regardant tondre—m.

O trop funestes charmes I

C RUANTE.

Le traître m'attendrit , et m'arrache des larmes. Écoutez.

DAHON.

Non , je veux que vous me regrettiez , Et je vous laisse. .

CBUANTE.

Et moi , je veui que vous restiez.

DAHON.

Je demeurerai doue ; mais c'est par complaisance.

CBLIANTB.

Par complaisance?

DAHON.

Ou bien par pure obéissance ; Tout comme il vous plaira.

GÈiAÂXTM.

. Je suis au désespoir!

DAHON.

De quoi?

CBLIANTB.

De ne pouvoir me passer de vous voir.

Je voudrais vous haïr... autant que je vous aime,

DAHON.

Hélasl vous le pourrez sans une peipe extrême. Vous venez de jurer de me haïr toujours.

CKLIANTE.

Ah! comme je mentoisl

1 DAHON.

, Quel étrange discours I Jurer de me haïr, quand, soigneux de vous plaire, Je...

CBL1ANTK.

Tenez, je vous jure, à présent, le contraire.

DAHON.

Auquel des deux serments croirai-je, par hasard?

CBLIANTB.

Au damier ; c'est le seul oii mon oxur ait eu part.

DAHON.

Parlez-vous tout de bon ?

GÉLfANTB.

Oui , je vous le proteste.' L'esprit a commencé , le cœur a fait le reste. Mon esprit vous. outrage, et mon coeur s'attendrit.

DAJION.

Croyez donc votre- cœur, et jamais votre esprit. Mais ericor, dites-moi par quel caprice étrange Votre esprit contre moi se gendarme?

GELIAKTB.'

Il se venge

Dé ce qu'il ne peut pas régler mes sentiments : Il m'inspire souvent de certains mouvements Qui suspendent l'effet du penchant qui m'entratne, Et tiennent du mépris, et même de la haine. > Vous êtes soutenu par l'inclination.

Mais souvent maltraité par la réflexion.

DAHON.

En voulant m'obliger, vous me faites- injure. J'ai donc bien des défauts dont votre esprit murmucbliantb. [re?

Des défauts ! des défauts! je ne finirais point Si je voulois à fond examiner ce point.

DAHON.

Cette discussion n'est pas fort nécessaire. céliastk. .

Premièrement, monsieur, sous un air très-sincère, Vous êtes faux, rusé, malin nomme undémon.

Jep-

CBLLINTS.

Écoutez-moi , cela vaut un sermon.

De plus , vous voua croyez un mérite suprême , Et vous n'estimez-rien à l'égal de vous-même ; Tous tous raillez sous majn de vos meilleurs amis , Quoique toujours près d'eux complaisant et soumis : Votre intérêt vous guide , et seul tous détermine : Chez tous, en grand secret) l' amour-propre domine : Quand vous n'êtes point vu, tous courez au miroir, Et tous vous régalez du plaisir de tous voir. Ce portrait-là n'est pas fort à votre avantage ; Hais , malgré vos défauts , je tous aime à la rage.

Quoique tous m'accusiez ici de fausseté , Oseroïs-je imiter votre sincérité ?

CELIANTE.

Fort bien.

, DAMON

Tous êtes belle , aimable , généreuse ; Biais vous êtes hautaine , inquiète, orgueilleuse. Le bonheur du prochain vous cause de l'ennui , Et vous amaigrissez de l'embonpoint d'autrui. Tous avez de l'esprit , mais souvent il s'égare ; H tous rend d'une humeur inconstante et bizarre. Tonte femme qui plaît vous trouve en son chemin ; Et vos yeux font la guerre à tout le genre humain. Votre sincérité, dont vous faites parade , N'est jamais que l'effet d'une brusque incartade. Sans choix , tout est pour vous matière a discourir. Et le moindre secret vous fatigue à mourir. Ce portrait-là n'est pas fort à votre avantage; Hais , malgré vos défauts , je vous aime à la rage.

CÉLIANTE.

Voua in'aimez ?

DAMON

Que le Ciel m'écrase en ce moment, S'il fut jamais, madame, un plus fidèle amant, [mes, Bien que quelques défauts obscurcissent vOs char- Mon cœur, trop prévenu, n'en conçoit point d'alarcÉ liante. [mes.

Pour moi,j'ensuisfrappée-,ilsm'a]armeiitpour vous. Tous me connoissez trop pour être mon époux : On ne m'aura jamais sans me croire parfaite. •

DAMON

Eh bien 1 vous l'êtes donc. Êtes- voua satisfaite ?

CELIANTE.

non. Ce fade retour ne saurait me toucher.

DAMON

J'ai voulu badiner, et non pas vous fâcher.

CÉLIANTE.

Puis-je compter encor sur votre complaisance?

DAMON

Sans doute.

. ÇBL1ANTE.

Pour jamais- évitez ma présence.

DAMON

Vous raillez?

Point du tout. Partez dis ce moment , Ou je ne réponds pas de mon emportement.

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