LE GLORIEUX, ACTE I, SCENE II
Ma reine, au rendez-vous vous venez un peu tard.
usina.
J'atirois voulu pouvoir un peu pins tôt m'y rendre.
PASQUIH.
Autrefois j'étois vif, et j'enrageois d'attendre. Rien ne pouvoit calmer mes désirs excités : Mais l'âge a mis un frein h mes vivacités.
LISETTE
Si bien que vous voi là devenu raisonnable ?
PASQUIH.
El j'en suis bien honteux.
LISETTE
Honteux d'être estimable ?
PasqutH.
Oui, de l'être avec vous : et je lis dans vos veux, Qu'avec moins de raison je vous plairois bien mieux.
A moi? je vous fuirais si vous étiez moins sage.
PASQUIH.
Me voilà donc au fait, et j'entends ce langage. Vous me trouvez trop vieux pour être un favori , Et de moi vous ferez un honnête mari.
Je me sens pour ce titre un fonds de patience, Dont vous pourrez bientôt faire l'expérience.
LISETTE
Vous tous trompez bien fort : car je ne veux de vous Ni faire mon amant, ni faire mon époux.
PA.SO.IHW,
Que me voulez-vous donc? quel sujet nous assemble?
LISETTE
Je veux que nous tenions ici conseil ensemble.
PASQcin.
Sur quoi?
LISETTE
Sur votre maître et ma maîtresse.
PASQUIH.
Eh bien 1
LISETTE
Traitons cette matière , et ne nous cachons rien.
Tous deux à les servir étant d'intelligence ,
Nous leur pourrons tous deux être utiles , je pense.
Votre idée est très-juste ; elle me plaît.
LISETTE
Tant mieux.
Le Comte votre maître est froid et sérieux ; Et depuis troisgrandsmois qu'avec nousil demeure, Je n'ai pas encor pu lui parler un quart d'heure. Quel est son caractère? Entre nous, j'entrevois Que ma maîtresse l'aime ; et cependant je crois
Qu'il ne doit pas long-temps compter sur sa ten- Car avec de l'esprit, du sens, delà sagesse, [dresse: Des grâces, des attraits, elle n'a pas le don D'aimer avec constance. Avant qu'aimer, dit-on, Il faut connottre à fond; car l'Amour est bien trat- Pourlsabdle, elle aimeavant quede connottre; [tre. Mais son penchant ne peut l'aveugler tellement , Qu'il dérobe à ses yeux les défauts d'un amant. Les cherchant avec soin , et les trouvant sans peine, Après quelques efforts sa victoire est certaine -, Honteuse de son choix, elle reprend son cœur, Et l'on voit à ses feux succéder la froideur : Sur le point d'épouser , elle rompt sans mystère.
PASQUIH/
Voila , sur ma parole , un plaisant caractère ! Un coeur tendre et volage , un esprit vif, ardent Jusqu'à l'étourderie , et toutefois prudent 1 Coquette au par-dessus?
umn,
Non ; point capricieuse , Point coquette , et surtout point artificieuse. Elle aime tendrement, et de très-bonne foi ; - Biais cela ne tient pas. Maintenant dites-moi - Toutes les qualités du Comte votre maître. C'est pour le mieux servir que je veux le connottre. Sans deviner pourquoi , j'ai do penchant pour lui ; Et vous l'éprouverez même dès aujourd'hui. S'il a quelques défauts, empêchons ma maîtresse De s'en apercevoir, et faons sa tendresse. Mais decouvrez^JssMffloi, pour me mettre en état De faire que"ï*nymen prévienne cet éclat.
PASQUIH.
Instruit de vos desseins , je parlerai sans craindre ; Et de la tête aux pieds je vais vous le dépeindre. Ses bonnes qualités seront mon premier point ; Ses défauts , mon second. Je ne vous cache point Que je serai très-court sur le premier chapitre; Très-long sur le dernier. Premièrement, son titre De comte de Tufière est un titre réel ; Et son air de grandeur est un air naturel :' Il est certainement d'une haute naissance.
PASQUIH.
Toute la France Convient de sa valeur ; et , brave confirmé , Parmi les gens de guerre il est très-estimé. Il fera son chemin , à ce que l'on assure. Il est homme d'honneur : on vante sa droiture. Quoique vif, pétulant , il a le cœur très-bon. Voilà mon premier point.
LtSETTB.
Passons vite au second.