ISABELLE, LE COMTE, LISETTE
ÏSÀflEJ.LE. i
Vous traitez vos rivaux avec bien du mépris!
LB COMTE
Personne, selon moi , n'en doit être surpris. Je n'ai pas de fierté; mais, à parler sans feinte, Je suis choqué devoir qu'on m'oppose Pbilinte. Vnrival comme lui n'est pas fait, quejecroi, Pour traverser les voeux d'un homme tel que moi .
18ABELLS.
D'un nomme tel que moi ! Ce terme-là m'étonne ; Il me paroît bien fort.
LE COMTE
C'est selon la personne . Je conviens avec vous qu'il sied à peu de gens. Hais je crois que l'on peut me le passer.
J'entends.
Le Ciel vous a fait naître avec tant d'avantage , Que tout legenre humain vous doit un humble hom- LB coutb. [mage.
Comment donc! d'un rival prenez-vous le parti?
ISABBLLB.
Non pas; mais à présent que mon frère est sorti, Souffrez que je vous parle avec moins de contrainte, Et blâme vos hauteurs à l'égard de Pbilinte.
LB COUTB.
J'en attendons de vous un plus juste retour , Et ma vivacité vous prouve mon amour.
ISABELLE. [re;
Dites votre amour-propre. Oui, tout me lofait croi-
Vous ave i moins d'autour que vous n'avez de gloire.
LB COMTE
L'un et l'autre m'anime, et la gloire que j'ai Soutient les intérêts de l'amour outragé. Elle n'a pu souffrir l'indigne- préférence Dont j'étais menacé , même en votre présence. Vous dites qu'elle est flère, et parle avec hauteur. M«i« qn'ant-CK que ma gloire, «prt* tant î état l'honneur. Cet honneur, il est vrai, veut le respect, l'estime; Mais il est généreux, sincère, magnanime; Et, pour dire en deux mots quelque chose de plus. Il est et fut toujours la source des vertus.
Des effets de l'honneur je suis persuadée; Mais a-t-il de soi-même une si haute idée, Qu'il la laisse éclater en propos fastueux ? Le véritable honneur est moins présomptueux ; Il ne se vante point , il attend qu'on le vante ; Etc'est la vanité, qui, lasse de l'attente, Et qui , fière des droits qu'elle sait s'arroger , Croit obtenir l'estime , en osant l'exiger. Mais, loin d'y réussir, elle offense, elle irrite, Et ternit tout l'éclat du plus partait mérite.
LB COMTB.
De grâce , à quel propos cette distinction ?
ISABELLE
Je vous laisse le soin de l'application , Et, de la modestie embrassant la défense. Je soutiens que par elle on voit la différence Du mérite apparent au mérite parfait.
L'un veut toujours briller, l'autre brille en effet , Sans jamais y prétendre, et sans même le croire. L'un est superbe et vain , l'autre n'a point de gloire; Le faux aime le bruit , le vrai craint d'éclater ; L'un aspire aux égards , l'autre à les mériter. Je dirai plus. Les gens nés d'un sang respectable Doivent se distinguer par un esprit affable, Liant, doux, prévenant; au lieu que la fierté Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté. La hauteur est partout odieuse, importune. Avec la politesse, un homme de fortune Est mille fois plus grand qu'un grand toujours gour- D'un limon précieux se présumant formé , [mé, Traitant avec dédain, et même avec rudesse, Tout ce qui lui parott d'une moins noble espèce ; Croyant que l'on est tout quand on est de son sang , Et croyant qu'on n'est rien au-dessous de son rang.
LB COMTB.
Cedisctmrs est fort beau; mais que voulez-vous dire?
Lisette, mieux que moi, saura vous en instruire. Je lui laisse le soin de vous interpréter Un discours qui paroît déjà vous irriter.
LE COMTE
Non , de grâce , avec voua souffrez que je m'explique. Cette fille, après tout, est votre domestique. Ne me commettez pas.
ISABELLE
Quand vous la connoltrez , Des gens de son état vous la distinguerez : Et vous me ferez voir une preuve fidèle De vos égards pour moi, dans vos égards pour elle. Elle connoit à fond mon esprit, mon humeur; Écoutez, profitez, et méritez mon cœur.
Adieu.