‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 10 sur 457 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Il n’y a pas de mal , mon oncle , il n’y a pas de mal. Eh bien ! qu’est-ce qu’elle a répondu?

GOURVILLE

Qu’elle ne pouvait pas concevoir le goût de ces dames; et que si elle avait été à leur place , elle répondait bien que pour elle...

GUSTAVE

Ah ! elle a dit cela ?

COUR VILLE

Et mille autres railleries plus piquantes encore ; au point que je me suis mis en colère , et que je lui ai soutenu que , malgré sa iierlé,si tu voulais t’en donner la peine, je la verrais elle* même...

GUSTAVE

Oui, morbleu!

GOURVILLE

Elle s’est contentée de sourire d’un air dédaigneux , en levant les épaules ; et c’est dans ce inoment-là que tu es arrivé. J’aurais voulu pour tout au monde que tu parusses à ses yeux avec tous tes avantages. Eh bien ! pas du tout ! Tu vas justement par ta conduite et tes discours lui donner encore gain de cause. Aussi tu as pu voir le petit air triomphant avec lequel elle nous a quittés. Voilà d’où venait ma colère; parce qu’enfln, je tiens à l’honneur de ma famille.

GUSTAVE

Soyez tranquille , mon cher oncle , je vous réponds que nous serons bientôt vengés. Voulez-vous parier que dès demain elle m’aime.

GOURVILLE , d’un air de doute.

Oh, demain! Tu me permettras de te dire...

Eh bien ! vous verrez.

GOURVILLE

Je ne demande pas mieux, mon garçon. Je t’avertis seulement que tu auras de la peine. Ah çà! tu me tiendras au fait de tout ; ce qui arrivera.

GUSTAVE

Parbleu ! sans cela notre veugeancc ne serait pas complète. Il faut que nous puissions rire à ses dépens.

L’HÉRITIÈRE

GOURVILLE

Surtout , prends l’air bien amoureux , bien sentimental ; on ne triomphe des grandes vertus que par les grandes passions.

GUSTAVE

Parbleu ! n’allez-vous pas m’apprendre ce qu’il faut faire ?

COUR VILLE

Non, mon ami, non, je n’ai pas tant d’esprit, tant d’adresse que toi ; et je te laisse combiner ton plan d’attaque. ( A part. ) A merveille, les voilà aux prises, et ils ne feront maintenant que ce qui me plaira.

Air du vaudeville de la Somnambule.

Allons , mon cher, Il y va de ta gloire,

Point de scrupule, il faut soumettre un cœur;

Jetais ici des vœux pour ta victoire,

Mais Je rirai si tu n’es pas vainqueur.

GUSTAVE

De mon adresse elle sera victime.

COURVILLE

Je te croirai quand tu triompheras.

GUSTAVE

On est touchant quand on exprime Le tendre amour que l'on n’éprouve pas.

(Gourvüle sort.)

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