SCÈNE IV
LES précédents ; LE CHEVALIER.
LE CHEVALIER
Ab, mon frère ! je vous trouve à propos. Je viens vous demander un service.
LE MARQUIS
Uq service ! à moi, chevalier? C’est la première fois que tu mets mon amitié à l’épreuve; parle, que désires-tu? je suis tout à toi.
LE CHEVALIER
Vous partagerez mon indignation. Le jeune Raymond, le frère de Julie, victime d’un complot affreux, vient d’ètre enrôlé par force, par ruse ; il est soldat !
LE MARQUIS. '
Je t’en demande pardon ; mais je ne vois pas ce qu’il y a de fâcheux là dedans.
LE CHEVALIER
Comment! un misérable privera de sa liberté un homme honnête ; il abusera de sa crédulité, de son ignorance pour lui faire contracter un engagement !
LE VICOMTE
Eh! comment tiendrait-on les régiments au complet?
LE MARQUIS
Tout ce que je puisfaire, c’est de le recommander à son colonel.
LE CHEVALIER
Quoi! mon frère... !
Que Raymond serve , il est fait pour cela ; qu’y a-t-il de déshonorant à servir?
LE CHEVALIER
Rien ! si tout le monde partageait le sort de Raymond.
LE VICOMTE
Vous voudriez qu’un gentilhomme tirât à la milice?
LE CHEVALIER
Pourquoi pas? La profession des armes a besoin d’être honorée par ceux qui l’exercent ; on dirait, à la façon dont l’armée se recrute, que l’état de soldat est une punition réservée aux mauvais sujets du royaume , ou un piège tendu aux pauvres diables.
LF. VICOMTE.
Mais en vérité , chevalier, voilà des idées toutes singulières ; prenez-y garde.