I.F. CHEVALIER
Merci , mon frère , gardez les biens qui vous attendent.
LE MARQUIS
il ne s’agit pas de ceux-là; épouse l’héritière qu’on me propose.
LE CHEVALIER
Moi!
LE MARQCIS.
Il y a cent cinquante mille livres de rente ; la jeune personne n’a rien de désagréable. Quant à son caractère... Elle a un fort beau château en Normandie , où elle peut se retirer ; et une fois mariés, vous ne vous verrez plus , si cela vous fait plaisir.
LE CnEVALiEH, souriant.
Voilà un bonheur conjugal tout à fait digne d’envie. Mon frère, si j’étais encore libre , je ne voudrais pas d’un mariage où le cœur ne serait pour rien; jugez si je puis i’acceptcr quand j’aime.
LF. MARQUIS.
‘ Moi aussi , j’aime ; mais ce n’est pas une raison. Tous les jours on aime une jeune fille , et on épouse une demoiselle.
LE CHEVALIER
Je respecte, j’honore celle que j’aime; jamais on ne fut plus digne d'estime que Julie.
le marquis.
La pupille de ma mère ?
LE CHEVALIER
J’ai juré qu’elle serait ma femme, et je tiendrai parole.
LE MARQUIS
Y penses-tu , chevalier? Que cette jeune fille ait été l’objet de tes soins , qu’elle t’ait inspiré , comme à moi , le désir de lui plaire , à la bonne heure; mais l’épouser...
l.E CHEVALIER.
Que lui reprochez-vous ? Son peu de fortune ? N’est-il pas une suite des sacrifices faits par son père à notre famille? Son éducation? elle a partagé celle de ma sœur.
LE MARQUIS
Et sa naissance ? Non , chevalier, tu ne nous affligeras pas par une telle mésalliance. Moi aussi , je n’ai pu me défendre des at traits de Julie, je l’adore; mais le ciel m’est témoin que je n’ai jamais songé à l’épouser.
LE CHEVALIER
Vous vouliez la séduire?
L’honneur de ma famille avant tout.
LE CHEVALIER , s'échauffant.
Et c’est en préparant le malheur, l’opprobre d’un être vertueux ,