‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 220 sur 457 · LE GÉNÉRAL, ALFRED, LE VICOMTE · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL, ALFRED, LE VICOMTE

ALFRED

Voici une lettre à laquelle j’étais loin de m’attendre, mais dont il m’est impossible de ne pas vous donner connaissance. Tenez , mon oncle, lisez.

LE GÉNÉRAL, regardant la signature.

Derneval ! l’espoir de notre barreau... un jeune homme plein de talent, à qui je dois beaucoup de reconnaissance.

ALFRED

Vous en aurez peut-être un peu moins après avoir lu cette épitre.

LE GÉNÉRAL , regardant la lettre et l’adresse.

« A monsieur Alfred de Surgy.

« Monsieur le duc, vous êtes riche , noble et brave, jouissant « de l’estime universelle ; vous avez tout pour vous, je n’ai rien. « Je ne suis qu’un pauvre avocat inconnu encore ; mais le malheur « rapproche les distances ; et celui qui se voit sans espoir n’a plus « rien à ménager. Vous allez épouser une jeune personne que j’a- « dore depuis cinq ans, et quoique je ne lui aie jamais parlé de « mon amour, j’ai quelques raisons de penser qu’il est partagé. « Vous êtes le premier à qui j’ai fait une pareille confidence, et « j’ose croire que vous vous en montrerez digne, en me disputant « un prix que je n’ai, il est vrai, aucun droit d’obtenir, mais que « personne du moins n’obtiendra de mon vivant.

« Derneval. »

( Le général reste anéanti et la tête dans ses mains.)

LE VICOMTE

Qu’est-ce que j’entends là? un avocat defier un homme comme il faut ! Donnez-moi cette lettre. Je me rends à Versailles, j’obtiens un ordre du ministre , et ce soir il est à la Bastille.

ALFRED

Eh, monsieur ! cela ne se passe pas ainsi. ■ s* ,

( U va à la table à droite , et écrit pendant que le général et le vici parlent ensemble. )

LE GÉNÉRAL

Ah ! c’est la ruine de toutes mes espérances. Pouvais-je m’at-

Vfr

DiqitirèS-bf C.of*n(TT 1

Page 1