Livre où l'amour inscrit chaque conquête
Est déjà tellement complet.
Qu’on n’y pourra trouver un seul feuillet Pour y consigner ta défaite.
D’ailleurs je te promets le secret.
GUSTAVE
Et que m’importent toutes les railleries dont on pourra m’acca-
L'HÉRITIÈRE
hier? elles ne sont rien auprès des tourments que je souffre ; car il n’est plus temps de dissimuler, et je dois vous dire la vérité : oui, mou oncle, je l’aime comme un fou.
GOURVILLE
Que m’apprends-tu là ? Quoi ! cet amour que tu avais voulu feindre...
GUSTAVE
Je l’éprouvais réellement.
GOURVILLE
Et moi qui t’admirais.
Plaigncz-moi plutôt; car, malgré la manière indigne dont elle m’a traité, je ne puis encore m’habituer à l’idée de renoncer à elle. Mon oncle , il faut que je la revoie , que je lui parle.
GOURVILLE
Puisqu’elle ne t’aime pas.
GUSTAVE
C’est égal.
GOURVILLE
Puisqu’elle en aime un autre.
GUSTAVE
C’est égal , mon oncle , je veux la revoir.
COURVILLE
Et moi , je ne le souffrirai pas ; et si tu as totalement perdu la raison, j’en aurai pour nous deux. Qu’est-ce que cela signifie? aller encore t’exposer à ses railleries , à ses mépris ; te rendre la fable de toute la société! Allons donc , mon cher, de la fierté, du courage.
GUSTAVE
Oui , mon oncle ; oui , mon bon oncle, je sens que vous me parlez en ami, en ami véritable. Tenez, faites de moi ce que vous voudrez ; je me laisse conduire par vous ; car, daus ce moment , je ne suis pas en état de prendre un parti.
GOURVILLE
A la bonne heure. Eh bien ! il faut retourner à Paris.
GUSTAVE
Comment! m’éloigner d’elle?
GOURVILLE
Ne vas-tu pas recommencer ?
GUSTAVE
Non , mon oncle , non, je vous le promets ; et demain ou aprèsdemain au plus tard...