‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 314 sur 457 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

LOUISE , sc levant.

Ah ! c’est vous, monsieur Salsbach.

SALSBACII.

Pardon de me présenter ainsi. Vous n’avez paru ni au déjeuner ni au diner; et j 'étais impatient de savoir des nouvelles de madame la baronne, car vous voilà baronne maintenant : et la chère tante a beau dire , c’est un titre assez agréable.

LOUISE

Que l’on ne me donnera plus des ce soir, je l’espère.

SALSBACII.

Pourquoi donc? c’est indélébile , impérissable ; quand on a été baronne , ne fut-ce qu’un quart d’heure , il n’y a plus de raisou pour que ça finisse.

LOUISE

Peu m’importe, je n’y tiens pas; pourvu que la séparation soit prononcée aujourd’hui même.

SALSBACII, à part.

Nous y voilà.

Air d’une Heure de mariage.

A se rapprocher tous tes deux Comment pourrai-je les contraindre?

LOUISE , l'observant.

Mais vous paraissez soucieux.

Avons-nous quelque obstacle à craindre?

SALSBACII. .

( A part. )

Non, non , madame; aucun encor !

( Haut. )

Vous êtes, sans qu’on vous y force,

Tous deux parfaitement d’accord.

C’est ce qu’il faut pour un divorce.

Vous ne l’avez pas vu depuis hier soir ?

LOUISE

Non, sans doute.

SALSBACII , à part.

Ni moi non plus. ( Haut. ) Je viens de le rencontrer tout a l'heure ; il parait qu’il voudrait vous parler.

iocise , effrayée.

A moi !

LOUISE

SALSBACH.

Oui ; il m’a chargé de vous demander un moment d’entretien.

( A part, ) Il se pendrait plutôt que d’y songer.

LOl'ISE.

Que me dites- vous là ? Ah , mon Dieu ! cette idée me rend toute tremblante. *

SALSBACH.

Eh bien ! eh bien ! pourquoi donc ? Est-ce que je ne suis pas là ? Certainement , je ne vous conseillerai jamais d’aimer votre mari, le ciel m’en préserve ! mais cela n’empêche pas de l’écouter; si ce n’est pas pour vous , c’est peut-être pour d’autres, pour le monde, pour l’honucur de la famille.

LOUISE, avec calme et résolution.

Monsieur Salsbach , je n’pi pas votre expérience ; je connais peu ce monde dont vous me parlez , et qui m’a punie autrefois de la faute d’un autre. On m’a dit que pour le satisfaire il fallait un mariage , une réparation ; et quoique j’eusse de la peine à comprendre qu’il fût au pouvoir de quelqu’un que je n’estime pas de me rendre l’honneur, quand c’était lui qui s’était déshonoré , j’ai obéi , j’ai consenti à ce mariage , à condition qu’il serait rompu sur-le-champ; et maintenant , c’est moi qui crois de ma dignité , de mon honneur, de réclamer cette séparation. Ma tante m’a fait demander pour ce sujet. Monsieur Salsbach, souffrez que je passe chez elle.

( Elle salue, et sort. )

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