‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 331 sur 457 · ACTE II, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XII

LOUISE , vivement.

Je ne dis pas non, monsieur, mais vous ne pouvez pas rester là ; il faut vous éloigner à l’instant , je l’exige.

malzen , allant à la parle à droite.

Peut-être que cette porte...

LOUISE , l'arrêtant.

C’est la chambre de ma tante.

MALZEN.

Ah , diable ! ( Montrant la porte à gauche.) Celle-ci ?...

LOUISE

Oui , elle donne sur l’escalier; et... (Elle se dispose à l’ouvrir, et s’arrête en écoutant.) J’entends marcher.

FRITZ, cd dehors et à Vois basse.

Madame la baronne.

LOUISE , bas.

C’est Fritz.

FRITZ, de même.

Ne vous effrayez pas de ce bruit , ce n’est rien. Mais pour qu’personne ne puisse entrer dans la maison, madame votre tante m’a dit de veiller dans cecollidor. Ainsi, dormez tranquille, j’suis là.

LOUISE

O mon Dieu ! et quel moyen... ?

MALZEN.

11 n’y en a qu’un , et au risque de ma vie... ( Courant à la fenêtre à gauche. ) Celte fenêtre...

LOUISE , l’arrêtant.

O ciel ! non , monsieur, je vous en prie. ( Sc reprenant. ) Il ne manquerait plus que cela , grand Dieu ! quelqu’un que l’on verrait S échapper de chez moi. ( Elle descend sur le devant du théâtre,» droite. ) MALZEN , allant auprès d’elle , et souriant.

Il n’y aurait que le mari qui pourrait s’en fâcher , et nous sommes sûrs de lui.

LOUISE

Monsieur...

MALZEN.

Mais vous le voulez , madame , je vous obéis. Je reste.

LOUISE, à part.

Allons, c’est moi maintenant qui l’empêche de s’en aller. ( Elle

va s’asseoir auprès de la toilette. )

MALZEN , regardant autour de lui.

Me voici donc dans votre chambre ! dans cette chambre qui

LOUISE

devait être la nôtre , et dont je m’étais exilé moi même. J’y suis près de vous , mais par grâce , comme un banni , un fugitif, à qui l’on accorde quelques instants d’hospitalité ; et demain...

LOUISE

Ah! demain est loin encore.

MALZEN, faisant quelques pas, et s’approchant de Louise?1',

Moi, je ne me plaindrais pas : le temps ne s’écoulera que trop rapidement.

IjOCISE , effrayée.

Monsieur, monsieur , je vous en supplie...

MALZEN, retournant à sa place.

C’est juste ; pardon , madame. C’est bien le moins , puisque vous m’accordez un asile , que je ne sois pas incommode. Soyez tranquille, je ne vous gênerai pas , je me tiendrai là, sur une chaise. Vous permettez, madame?

LOUISE. -

Mais il le faut bien , monsieur.

MA1.ZEN. ,v

Que VOUS êtes bonne ! (Il s’assoit. Moment de silence.) Je vous en prie, madame, que je ne vous empêche pas de reposer. ■‘Je sens bien que , dans notre situation , c’est difficile : on dit que les plaideurs ne dorment pas ; mais nous pouvons , du moins , parler de notre procès : car maintenant c’est vous qui voulez plaider , c’cst vous qui m’y forcez , et je vous préviens , madame , que je me défendrai avec acharnement, que je vous ferai toutes les chicanes possibles. Vous ne pouvez pas m’en vouloir.

LOUISE, le regardant.

En vérité , monsieur , vous m’étonnez beaucoup. 11 me semble que nous avons tout à fait changé de rôle, et ce matin encore...

MALZEN , se levant, et allant auprès de Louise.

Ne me parlez pas de ce matin, d’hier, de ces deux années. J’étais un insensé, un fou...

LOUISE

Et maintenant vous vous croyez plus S3ge ?

MALZEN.

Non : mais plus juste; car j’ai appris à vous apprécier. II est des préjugés que je ne prétends pas défendre , mais que je devais respecter : car c’étaient ceux de ma famille.

Air de l’Angélus.

Mon père, dans cette union , u-

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