‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 347 sur 457 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

EDMOND

Je t'en fais compliment.

DENNEVILLE.

Ce n’est pas sans peine. Il y avait des rivaux : lord Albemarle. et le comte de Scherédof. Ces Russes, maintenant, on les trouve partout, depuis Andrinople jusqu’aux coulisses de l’Opéra.

Edmond , riant.

Que veux-tu? l’esprit de conquête !

DENNEVILLE.

Elle a un jeune parent à Vienne, pour qui elle désirerait des lettres de recommandation. Je lui en ai proposé, à condition qu’elle viendrait aujourd’hui me les demander elle-même.

EDMOND, avec joie.

Et elle viendra?

DENNEVILLE, à demi-voix.

C’est convenu, à trois heures ; et moi qui connais les usages et la politesse...

Air d’Aristippe.

Fidèle à l’amour qui m’invite , •

J’irai , solliciteur discret.

J’irai lui rendre sa visite ,

Dés ce soir, après le ballet.

EDMOND

Quoi ! vraiment après le ballet.

DENNEVILLE.

C’est l’instant où chaque déesse Des mortels écoule la voix.

L'heure a sonné, la divinité cesse ,

L’humanité reprend ses droits.

EDMOND

Je n’en reviens pas.

DENNEVILLE.

Bien plus , nous devons souper ensemble.

EDMOND, tirant de la poche de son gilet une lettre, qu’il y remet aussitôt.

C’est donc cela dont tu me parlais dans ta lettre : ce souper avec une jolie femme , je n’y concevais rien.

DENNEVILLE. *.

Oui, mon ami; et vu qu’en tout il faut de l’ordre et de l’économie , si, comme je te l’ai écrit , tu as toujours envie du Prince de Galles, mon cheval anglais, qui m’est inutile, et dont je veux me défaire, je te donne la préférence.

LA SECONDE ANNÉE

EDMOND

Volontiers , je te reincreie.

RENNEVILLE, vivement.

Nous en parlerons plus tard. Ce n’est pas de cela qu'il s’agit ; il faudrait , pour bien faire , que tantôt , à trois heures, je fusse seul ici, et pour cela je n’espère qu’en toi.

EDMOND

Et comment?

RENNEVILLE

Si, tout à l’heure, négligemment, et sans faire semblant de rien, tu me proposais, à moi et à ma femme , une promenade au bois, au milieu delà journée, nous «accepterions.

EDMOND

La belle avance !

RENNEVILLE

Attends donc. Au moment de p«artir, il me surviendrait une affaire imprévue, un banquier en a toujours à volonté. Me voilà obligé de rester, ce qui est très contrariant; mais les chevaux sont mis, je ne veux*pas empêcher ma femme de sortir, et c’est toi qui l’accompagneras dans ma calèche.

EDMOND

Mais, mon ami...

RENNEVILLE

A moins que tu n’aimes mieux monter le Prince de Galles, et escorter ma femme en écuyer cavalcadour.

EDMOND

Mais permets donc...

Air : [)e sommeiller encor, ma chère.

La bienséance, la morale...

DENNEYILLE.

C’est pour elle ce que j'en fais.

Par ce moyen pas de scandale ,

Rien ne trahira mes projets.

Par l’intention ta plus pure Je suis guidé, sois-le par l’amitié.

Je le rendrai ça, je le jure.

Dès que tu seras marié.

EDMOND

Si tu le veux absolument...

DENNEVILLE.

Je veux plus encore; j’attends de toi un bien autre service. Ne

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