SCÈNE III
triste , malheureux; tu ne prenais plus plaisir à rien , tu refusais toutes nos parties , tu ne dépensais plus d’argent ; enlin , mon ami , tu te dérangeais.
Kl) MONO.
C’est vrai , j’étais amoureux , et sans espoir.
DENNEVILLE.
Dans l'Almanach royal ?
EDMOND , hésitant.
Oui, oui, mon ami; une femme charmante , jeune, aimable , vertueuse, d’autant plus difficile à vaincre, qu’elle n’était ni prude, ni dévote , ni coquette, mais sincèrement attachée à ses devoirs.
DENNEVILLE.
C’est là le diable. Cependant cela va mieux ; car, depuis deux ou trois jours , je te vois une physionomie à succès.
EDMOND
Oui , les circonstances sont venues à mon aide. Je crois qu’ou me voit d’un œil plus favorable; on commence à se plaire avec moi. Hier, enfin, hier soir, enhardi par un regard qui était presque tendre, j’ai hasardé une déclaration.
DENNEVILLE.
De vive voix.
EDMOND
Non , non , je n’aurais pas osé ; mais j'ai glissé un billet.
Qu’elle a accepté?
EDMOND
Oui , vraiment.
DENNEVILLE.
Bravo ! c’est très-bien , il faut continuer.
EDMOND
C’est ce que je veux faire.
DENNEVILLE.
A la bonne heure, profite de tes avantages. ( Oo entend souner à deux reprises dans l’appartement de Caroline.) C'est dans la chambre de ma femme. Autrefois , quand j’étais garçon , j’avais fait des éludes sur ies sonnettes des dames; j’aurais distingué , à la seule audition , le sentiment qui animait les personnes : c’est une musique comme une autre.
Air du vaudeville du Premier pris.
Presto, presto , quand une helle
Veut sa toilette ou ses bijoux ; ....
LA SECONDE ANNÉE
Dolce, dolee, quand «11c appelle Pour que l’on porte un billet doux ;
Forte, c’est lorsque la sagesse Se fâche et ne peut pardonner.
Piano, c’est lorsque la tendresse Relient la main qui va sonner.
(On sonne une seconde fois plus fort et plus précipitamment. )
Tiens , dans ce moment , ma femme s’impatiente ; il faut que ce soit un événement de la plus haute importance.