‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 373 sur 457 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

entendre , et je n’ai point ce bonheur ! Dans ce moment , par exemple , plein des plus doux souvenirs , je crois vous voir , il y a deux ans , à pareil jour , parée comme aujourd’hui , aussi brillante , aussi jolie , ah ! mille fois plus encore ! car alors vous m’aimiez , vous juriez de m’aimer sans cesse.

CAROLINE

O ciel !

RENNEVILLE

Que sont devenus vos serments , vous qui ne vous rappelez même plus le jour où ils furent prononcés ?

CAROLINE

Quoi ! c’est l’anniversaire de notre mariage 1

DENNE VILLE

Oui , Caroline ; oui , c’est aujourd’hui le 5 février, et seul j’y avais pensé; c’était pour le célébrer, qu’en secret, et sans en parler à personne , je vous avais préparé cette surprise , ces diamants.

* CAROLINE

II se pourrait !

DENNE VILLE

J’espérais mieux encore ; j’avais fait un projet , un rêve ; je voulais , en mémoire de ce jour , souper ici en téte-à-tète avec vous.

CAROLINE

Qu’enlends-je ?

OENNEVILLE.

Le bonheur n’a pas besoin de témoius , et je me faisais une si douce idée d’une soirée passée auprès d’une femme charmante, auprès de la mienne... Mais elle va au bal , elle a d'autres projets , et tous mes efforts n’ont pu l’y faire renoncer.

CAROLINE

O mon ami , mon ami 1 que j’étais coupable ! Je m’en punirai , tu sauras tout.

DENNKVILLE.

Quoi donc?

Je ne veux plus rien avoir de caché pour loi , cela rend trop malheureuse. Appreuds donc qu’on m’entourait d’hommages, qu’on me faisait la cour.

RENNEVILLE

Je ne veux rien savoir.

LA SECONDE ANNÉE

CAROLINE

Ah ! ce n’est pas pour toi , c’est pour moi-même ! Ton ami Edmond, tout le premier, il m’aimait, ce n’est pas ma faute.

DENNEV1LLE , «ccouaut la tête.

C’est peut-être la mienne?

CAROLINE

C’est possible, c’est toi qui le voulais. Quoique insensible à leurs hommages , j’en étais flattée , et peut-être qu’un jour...

DENNEVILLE.

O ciel !

CAROLINE

On nesait pas ce qui peut arriver. La preuve , c’est qu’hier il a osé me faire une déclaration écrite.

Vraiment!

CAROLINE

Oui , une vraie déclaration. Je ne sais ce que j’en ai fait , je l’ai perdue ; sans cela je te la montrerais. Et vois jusqu’où la colère peut nous mener : moi , qui jusqu’à présent l’avais dédaigné, maltraité, j’étais si fâchée contre toi , que je ue sais vraiment...

DENNEVILLE , à part.

Dieu ! il était temps.

CAROLINE

Et le plus indigne , c’est que je t’accusais à tort.

Air de Tcnicrs.

Moi t’accuser ! est-ce possible ?

Pardonne-moi , Je souffrais tant!

Car je songeais a cette lettre horrible ,

Qui ne m’a pas quittée un seul instant.

Je l’emportais à ce bal qui s’apprête.

Comme un tourment , elle est là sur mon sein •

( l,a lui donnant. )

Tiens. Tu le vols , sous les habits de fête,

Il est souvent bien du chagrin.

DENNEVILLE , la prenant.

Ma lettre à Edmond.

CAROLINE

Oui, voilà ce qui m’avait abusée. Ces diamants, ce tête-à-tete avec une jolie femme... je ne pouvais pas penser à moi, et je te soupçonnais, quand je suis seule coupable.

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