‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 379 sur 457 · ACTE I , SCÈNE If · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE If

maître... Vous ne savez pas ce que c’est que mon maître?... C’est l’honneur même,... c’est un cœur d’or,... c’est le plus brave jeune homme ;...etsi le ciel était juste, celui-là méritait d’épouser un ange.

JOSÉPHINE

lime semble qu’il n’est pas si mal tombé!... Qu’esl-ce que vous avez à reprocher à madame?

BALTHASAR

Moi !... est-ce que je lui reproche rien ?

JOSÉPHINE

Dame!... vous avez un air...

GRINCHEUX

C’est vrai, cousin... vous avez un air...

JOSÉPHINE , se levant et venant auprès de Balthasar.

Est-ce qu’elle n’est pas honorée et chérie dans le pays ? Est-ce qu’elle ne fait pas du bien à tout le monde?... Est-ce qu’elle he se conduit pas d’une manière exemplaire ?

BAI.TnASAR.

C’est possible... Je ne dis pas non.

JOSÉPHINE

Et cependant , depuis un an que son mari l’a laissée seule ici , dans ce château, avec sa tante pour unique compagnie, ça n’est pas amusant.

Oh! sans doute; le devoir n’est jamais amusant... Et puis c’est une chose si longue qu’un an de constance!

JOSÉPHINE

Mais oui... Et il ne faut pas croire qu’en fait de constance tous les hommes en aient déjà tant... Vous, tout le premier; car autrefois vous adoriez madame.

•Jj5 GRINCHEUX.

Vous vous seriez mis au feu pour elle ! témoin l’incendie du château , où vous vous êtes fait une blessure à la jambe , en voulant la sauver.

JOSÉPHINE

Et maintenant vous êtes toujours de mauvaise humeur quand on parle d’elle. Il semble que vous lui en vouliez.

BALTHASAR

Moi!... Qui vous a dit cela? Est-ce que je l’accuse? Est-ce à elle que j’en veux ?

UNE FAUTE

JOSÉPHINE

El à qui doue?

BALTHASAR

A sa tante,... à madame Darmentières.

A ma marraine ! qui , au fond , est une si bonne femme !

BALTHASAR

Une véritable Espagnole , qui , avec ses idées castillanes , voit partout des don Rodrigue et des héros de roman... Donnez donc un pareil mentor à une femme de dix-sept ans , légère et sans expérience !

JOSÉPHINE

C’est justement ce qui prouve'pour madame la comtesse,... elle n’en a que plus de mérite à se conduire comme elle fait... Mais à nous autres femmes, on ne nous rend jamais justice.

( Elle va se rasseoir. )

BALTHASAR

Ah.! souvent, si on vous la rendait...

JOSÉPHINE. ’ <

Fi! ce que vous dites là n’est pas galant... Mais, en général, monsieur Balthasar ne se pique pas d’être poli.

BALTHASAR

Ce n’est pas d’hier, du moins , que vous pouvez me faire ce reproche ;... car je vous ai saluée deux fois sans que vous ayez daigné m’apercevoir.

CRINCHEUX.

Et où donc?

BALTHASAR

Au château de Raha ,... où vous vous promeniez en compagnie.

GRINCHEUX

Tu as été hier te promener avec ta tante... en sortant de diner.

JOSÉPHINE, baissant les yeux.

Oui, mon ami.

BALTHASAR, d’un air de doute et s'approchant de Joséphine.

Ah , cousine ! ah ! c’était votre tante qui vous donnait hier le bras !

JOSÉPHINE , d’un air suppliant.

Monsieur Balthasar...

BALTIIASAR, à demi-voix , et avec humeur.

Soyez tranquille!... est-ce que je vois jamais ce qui ne me regarde pas ?

Page 1