‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 392 sur 457 · ACTE I, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII

voulez-vous donc me forcer à user de rigueur envers vous ?... Vous savez cependant tout ce que jusqu’ici je vous ai montré de bontés et de ménagement.

BALTHASAR , froidement.

Je le sais... Mais puisque madame votre tante veut absolument que vous me chassiez...

LÉONIE, doucement.

Ai-je dit cela? y ai-je consenti?... Non pas que vous ne l’ayez mérité , peut-être.

0ARTIIASAR, avec colère.

Moi!...

LÉONIE , vivement, et avec crainte.

Matante du moins le croit... mais moi je n’ai point oublié que mon mari,... qu’Ernest vous chérissait,... que vous l'avez élevé... Et si je fais preuve encore aujourd’hui d’une tçop longue indulgence,... c’est par égard pour lui.

Je l’en remercie, madame,... c’est cela de plus que je devrai à mou maître.

LÉONIE

Et à moi, Balthasar, ne croyez-vous rien me devoir ?

BALTHASAR

Si, madame;... et pendant longtemps j’en ai été bien reconnaissant.

LF.ONIE.

Et pourquoi, depuis quelque temps, avez-vous changé? Pourquoi u’avez-vous plus pour ma tante et pour moi les égards quo nous avons droit d’attendre?

BALTHASAR

Si c’est ainsi , c’est malgré moi,... c’est sans le vouloir... Il est possible que je me sois trompé,.;, quej’aie tort... Jele voudrais,... et au prix de tout mon sang...

LÉONIE, se levant, et reprenant confiance.

Je ne vous comprends pas, Balthasar... Voyons, expliquez-vous sans crainte. Qu’y a-t-il?

BALTHASAR

Il y a, madame, que je chéris mon maître par-dessus tout;... que son père et lui nous ont comblés de bienfaits;... que moi et les miens nous sommes habitués à lui et à ce château, comme si nous en dépendions;. . .nous sommes presque de sa famille .et nous

UNE FAUTE

dévoaer pour lui n’est pas même un mérite , ui un devoir,... c’est noire vie , notre existence.

LÉONIE

Je le sais... Eh bien?

BALTHASAR

Eh bien !.... Quand il est parti, quelques jours après son mariage, il m’a dit : « Balthasar,... une affaire malheureuse, dont je ne puis parler à ma femme, car cela lui ferait trop de peine , m’oblige à m’éloigner... Je ne sais combien de temps je serai absent, ni même s’il me sera possible de vous donner exactement de mes nouvelles;...mais je te laisse ici, je suis tranquille.. .Tu veilleras sur elle,... c’est ce que j’ai de plus cher... »

léOnie, avec émotion.

Il a dit cela !

• BALTHASAH.

Oui; et moi je lui ai répondu : « Mon maître, partez... Comptez sur votre vieux serviteur, je réponds de tout. >■

LÉONIE

Et tu as tenu parole ;... car lorsque le feu prit à l’aile droite du château...

BALTHASAR

Ah! ce n’est pas de cela que je voulais parler;... ce n’est pas ainsi que j’aurais dû veiller...

LÉONIE

Que voulez-vous dire ?

Que souvent il y avait de certaines personnes, certaines sociétés... Votre tante le trouvait bon, il n’y avait rien à dire... Non pas qu’on veuille faire mal...

LÉONIE

Eh bien ?

BALTHASAR

Mais la jeunesse... l’étourderie... On se laisse entraîner plus loin qu’on ne croit... Et s’il n’avait dépendu que de moi, on aurait congédié tout ce monde.

LÉONIE

Des parents, des amis de mon mari,... pas d’autres;... et je no sais, Balthasar, ce que vous voulez dire... Achevez,... car je n’ai jamais entendu que personne m’ait blâmée,... que personne ait cru apercevoir...

Page 1