ACTE I, SCÈNE XI
ment ne l’ai-je pas encore vu? (Avec crainte.) 11 existe encore, n’est-ce pas?
MADAME DARMENTIÈRES.
Certainement.
ERNEST
11 est si vieux que quand je le quitte , j’ai toujours peur de ne plus le retrouver.
MADAME DARMENTIÈRES.
11 est absent... on vous dira pourquoi.
Absent?... Tant pis; car dans ce moment même...
Air du vaudeville du Premier prix.
Vous le dirai-je en confidence ?
Quelque chose me manque ici ,
C’est la ligure et la présence De ce vieil et iidèle ami.
Oui, depuis que je suis au monde ,
Et qu’en ce château je le voi ,
Quand je ne l’entends pas qui gronde ,
Je ne crois pas être chez moi.
Mais parlez-moi de Léonie, de ma femme. Elle doit être bien jolie,... n’est-ce pas?
MADAME DARMENTIÈRES.
Mais oui;... c’est ce que chacun dit.
ERNEST
Heureusement, ma chère tante, que vous étiez là, et qu’en duègne sévère vous défendiez le trésor que je vous avais confié.
MADAME DARMENTIÈRES.
Comme je me serais défendue moi-même.
ERNEST
Je n’en doute point.
MADAME DARMENTIÈRES.
D’abord, et pour l’étourdir sur votre absence, je lui ai conseillé de se distraire, de voirie monde.
Vous avez bien fait... Que le bonheur, que le plaisir puissent toujours l’environner!...
MADAME DARMENTIÈRES.
Les sociétés de Bordeaux ont été très-brillantes cet hiver, et Léonie y a eu un succès étonnant! Vive, légère, étourdie, elle
UNK FAUTE.
était charmante... Tout le monde l’adorait ;... ce qui me faisait un plaisir... Mais cela n’a pas duré ;... sa tristesse l’a reprise;... elle n’a plus voulu voir personne,... elle ne pensait qu’à vous, ne s’occupait que de vous... Et depuis six mois elle est réellement malheureuse, et surtout très souffrante.
ERNEST
Que dites-vous?... elle est souffrante! Alors, c’est décidé, je n’accepte point.
MADAME DARMENTIÈRES.
Quoi donc?
ERNEST
Tout entier au plaisir de vous voir, je ne vous ai pas parlé des honneurs qui , chemin faisant , me sont arrivés : on me propose un poste important,... une ambassade.
MADAME DARMENTIÈRES.
Je suis enchantée, ravie , transportée.
Ce n’est pas la peine ; car je refuserai... Ma femme !... ma pauvre femme est souffrante, et je la quitterais! Songez donc que c’est ma vie, mon bonheur,... que je mourrais si je la perdais... Non, non, plus rien qui m’éloigne d’elle. Je vivrai ici désormais en bon propriétaire et en mari... Il me semble, autant qu’il m’en souvient, que c’est un état fort agréable... Aussi, ma tante, c’est fini : le quart d’heure est expiré ,... je ne peux plus attendre.
MADAME DARMENTIÈRES.
Eli bien! puisqu’il faut vous le dire,... apprenez donc quec’cst aujourd’hui le jour de la naissance de votre femme.
ERNEST
Attendèz donc,... c’est, ma foi , vrai!... et le jour de mon arrivée ! est-ce heureux !
MADAME DARMENTIÈRES.
Je le crois bien... J'ai invité tout ce qu’il y a de mieux dans le département... Entendez-vous?... Voici déjà les voitures qui entrent dans la cour. '
Air : A soixante ans.
Ils vont offrir à Léonie Leurs compliments et leurs vœux empressés.
Pour mon bouquet , sûre d’élre ohéie ,
Moi , je dirai : Mon neveu, paraissez.