‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 424 sur 457 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Air du vaudeville de Turennc.

Avec quclqu’s millions dans mes poches;

Et je m'suis dit , les voyant s’amasser :

J’ies ai gagnés , grâce au ciel , sans reproches ;

Tâchons d’même d’Ies dépenser.

ÉLISE

Qui mieux que vous sut jamais les placer?

Tous ces trésors, fruits de vos soins prospères.

Vous les donnez à tous ceux qui n’ont rien.

niQiF.notnc.

C’est assez juste, et l’on doit bien

Quelqu’ chose à ses anciens confrères.

ÉLISE

Et toute votre famille que vous avez prise avec vous !

lUQLEBOtRG.

l'ar malheur, il n’en reste guère , les braves gens ne vivent pas longtemps; Je n’avais plus d’autres parents que toi et ton cousin George , nous ne pouvions pas manger ça à nous trois ; et tout le monde me disait ; « Marie-toi , Itiquehourg , tu n’as encore que quarante-cinq ans : n’écoule pas tes années dans l’indifférence et le célibat. » Et ces idées me trottaient dans la tète , quand un jour j’aperçois une jeune personne ; ali , dame ! celle-là , je me dis surle-champ : « Voilà ! c’est là le numéro qu’il me faut ; je n’en veux pas d'autre. » Mais, par malheur, c’était une comtesse ! une famille qui n’eu finissait plus; ce qu'il y avait de plus huppé et de plus fier dans le grand faubourg.

ÉLISE

C’était désolant.

RIQOEBOL'RG.

Je crois bien ; mais bientôt d’autres informations m’arrivèrent; j’appris qu’ils avaient été ruinés à la révolution! à la première;... et ça me rendit courage. Je médis : Les millions en avant. (Souriant. ) Ils ne furent point repoussés par la famille ; au contraire , car, quoi qu’ou en dise, les millions et les titres, ça va bien ensemble; et dès ce jour seulement je commençai à cire fier de la fortune que j’avais gagnée. Je rentrai chez moi, j’ouvris ma caisse ; et, regardant avec orgueil mon or et mes billets de banqnc , je me dis : « Il y a donc du mérite là dedans , puisque je leur dois mon bonheur, puisqu’ils me donnent pour femme la plus jolie et la plus aimable fille de Taris. »

LA FAMILLE RIQUEBOURG.

ÉLISE

C’est bien vrai.

RIQUEBOURG.

N’est-ce pas ? que de vertus ! que d’esprit ! et elle a la bonté de, m’aimer, moi qui ne suis qu'une bête auprès d’elle , moi qui, comme je le disais tout à l’heure , n’ai d’autre mérite que ma fortune. Aussi, je m’en console en mettant tout mon mérite à sa disposition. Par exemple , il n’y a qu’une chose qui m’ait coûté pour lui plaire, c’est de ne plus faire ce qu’ils appellent des cuirs. A-t-il fallu du temps et de l’habitude! c’est la seule tyrannie que ma femme ait exercée sur moi. M’empêcher de placer des t et des s à ma volonté , c’était si absurde ! Car enfin , c’est moi qui parle : je les mets où je veux, je suis chez moi d’ailleurs; et cependant , même dans mon salon , je voyais tous ces beaux messieurs qui riaient aussi, sarpebleu!...

ÉLISE

Mon oncle !

RIQUEBOURG.

N’aie donc pas peur, ma femme n’est pas là ! Et quand je jurerais un peu le matin , à moi tout seul , je u’ai que ce moment-là. Aussi, j’ai pris en haine tous ces gens comme il faut, barons, ducs 'et marquis.

ÉLISE

Il y en a cepeftdant qui sont si bien , et si aimables !

RIQUEBOURG.

Tu en connais?

ÉLISE

Oui , mon oncle.

RIQUEBOURG.

C’est possible : tu as, comme je le disais tout à l’heure , des connaissances que je n’ai pas ; mais sois tranquille , si je te marie jamais , ce ne sera pas de ce coté- là.

ÉLISE

Que dites-vous ?

SCÈXE II.

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