SCÈNE III
i.es précédents; GUSTAVE.
GUSTAVE
Bonjour, madame , bonjour, mon cher oncle. Il parait qu’on ne songe pas à déjeuner, car la salle à manger, que je viens de traverser, offre l’image d’une vaste solitude.
AGATHE
Nous avions fait hier, avec monsieur votre oncle , la partie d’aller déjeuner à une demi-lieue d’ici , près de la fontaine.
GOURVII.LE.
Oui, un déjeuner dinatoire , sur les deux heures.
GUSTAVE
A deux heures! je n’irai jamais jusque-là. (A Gourvîllc, qui lui fait des signes.) Vous avez beau hausser les épaules ; vous , mon cher oncle , cela vous est égal ; vous avez un sommeil parisien : vous vous levez à midi, et qui dort déjeune ; mais moi, qui ai devancé l’aurore...
AGATHE
Quoi , monsieur!...
GUSTAVE
Oui , madame , à quatre heures du matin je courais les champs.
COUR VILLE
Je vous le disais bien , il ne dort plus.
ré
LÏ1ÉRITIÈRL.
GUSTAVE
11 est vrai que c’est la faute de votre jardiuier. Je lui avais dit de me réveiller entre six et sept, ce qui était raisonnable, et le matin , se rendant à l’ouvrage, il me crie , en cognant à mes carreaux : « Monsieur, dépêchez-vous , vous n’avez plus que deux heures à « dormir. » Le moyen de résister à une pareille attention ? J’étais furieux ; car jamais , je crois , je n’ai eu un si bon sommeil et un plus joli rêve.
AGATHE
Vous rêviez ?
Oui, madame.
COURVILI.E, à part,
A la bonne heure, au moins.
GUSTAVE
Air des Filles à marier.
Je me voyais sur le champ de bataille,
Autour de moi le combat s’engageait;,
Un grand hussard, et d’estoc et de taille ,
Avec audace me chargeait.
Mon sang coulait : la fureur me dévore,
Le bras tendu , droit sur mon étrier,
J’attaque en flanc le farouche guerrier;
J’allais frapper. . . et s’il existe encore,
Il doit la vie à votre jardinier.
Oui : il est venu m’enlever une victoire certaine. De rage, je suis sauté sur mon fusil de chasse, qui était sous ma main.
AGATHE
Ah, mon Dieu!
GUSTAVE
Et à défaut de grenadiers ennemis , j’ai couché sur la poussière quatre perdreaux, un lièvre et un lapin ci-inclus, que j’ai l’honneur de vous offrir comme trophées de ma victoire. ( il met sa car. nassicre sur la table, et en tire le gibier.)
AGATHE , bas, à Gourrille.
Rassurez-vous, j’avais raison, il est fort gai et fort aimable; mais pour amoureux , non.
COUR VILLE
Vous avez tort, c’est une gaieté factice. Il est piqué contre Vous, et il veut à son tour jouer l’indifférence.