ACTE II, SCÈNE
Je ne sais rien , voilà le fait ,
Et je n'ai pas d’autre secret.
Mais dans ces lieux où tout respire L’adresse et la malignité,
Pour déguiser la vérité.
Je vois qu’il suflit de la dire.
ISABELLE
Et pourquoi , monsieur, vous être mis dans une semblable position?
C1IAVIGNI.
Comme si c’était de ma faute... Je me trouve ici sans savoir comment, et, sans m’en douter, lancé au milieu de tous les événements, comme un incident, comme une parenthèse... trop heureux jusqu’à présent de n’avoir pas fait quelques sottises... ce qui ne peut pas manquer d’arriver ; car je marche au hasard, sans savoir où je vais... Et si je réussis, on ne doit pas m’en vouloir; car je n’aurai été un grand homme qu’à mon corps défendant..
ISABELLE
Cependant , monsieur, cette conférence , cette entrevue secrète que vous avez eue ce matin avec le prince, et que mon père ne peut s’expliquer...
CHAVIGSI.
Je le crois bien ; car moi qui y ai assisté , je ne comprends pas encore ce que nous nous sommes dit. Son altesse m’a adressé à la hâte quelques compliments sur mon arrivée, sur la mission dont j’étais chargé, et puis m’a remis sur-le-champ ces deux portraits , que voici.
ISABELLE
Vraiment !
CUAVICNI.
Et qu’il ne tient qu’à vous d’examiner. Vous en savez maintenant autant que moi.
ISABELLE
Voyons vite.
CHAVIGNI
Des diamants superbes, et deux jolies femmes, n’est-il pas vrai? Par malheur, je ne les connais pas. -
ISABELLE
Je le crois bien... L’une est une parente du roi de Saxe, et l’autre la cousine de notre souverain. Et pourquoi vous les a-t-on remis?
LE DIPLOMATE
CHAVICM.
Je vous ferai encore la méqae réponse , je l’ignore. Son altesse m’a seulement dit : Remeltez-les à qui vous savez. Et comme je ne savais pas, ils sont restés entre mes mains. Mais, d’après ce que vous me dites, je devine maintenant que c’est un cadeau qu’il voulait faire à nos deux ambassadeurs ; parce qu’au fait, le portrait de leur souveraine... Ce présent peut flatter votre père, lui être agréable... cela pourrait peut-être nous remettre bien ensemble. Daignez vous en charger, et dites-lui que c'est moi , moimême , qui, de la part du prince, lui envoie ce portrait.
ISABELLE
J’y vais à l’instant. Mais vous me promettez bien que vous n’ètes diplomate que par hasard, et sans que cela tire à conséquence.
Cil AV ICM.
Je vous le jure.
ISABELLE
Que Vous ne serez jamais un homme d’État, un homme de talent.
CIIAVIGM.
Je vous le promets. Vous savez bien que je n’ai rien à vous refuser.
ISABELLE
A la bonne heure. Je vais trouver mon père , et puis je reviens car vous n’avez pas oublié notre contredanse.
CHAVICM.
Je n’oublie jamais les choses essentielles.
(Elle sort.)