ACTE II , SCENE IX
berté du prince était compromise. Mais , depuis qu’il m’a parlé de célibat, je n’y suis plus du tout.
(Le grand-duc s’assied; Chavigoi reste debout devant lui. )
LE CRAND-DEC
Approchez, monsieur. Les choses en sont venues au point qu’il faut enfin que je connaisse vos intentions... Quoique arrivé ici sans aucun but ostensible , depuis ce matin , il n’est question que de vous ; vous avez tout bouleversé dans ma cour.
CHAVIGNl.
Moi, monseigneur?
LE CRAXD-DUC.
Oui, monsieur : l’envoyé de Saxe vous accuse, celui d’Espagne se plaint de vo*s, et moi-méme je suis très-mécontent de l’ascendant que vous avez pris sur mon neveu.
( Il sc lève. )
Air d’Aristippe.
Pour échapper à mon regard sévère ,
Par vos conseils il fait tout ce qu'il peut.
CHAVIGNl.
Mais, monseigneur, moi, je le laisse faire,
Je lui conseille ce qu'il veut.
LE CRAND-DEC
Il ne suit point d’autre avis que le votre.
CHAVIGNl.
En fait d’avis, un prince, on le sait bien ,
Nous fait (oujours l’honneur d’étre du nôtre
Quand nous avons l’esprit d’étre du sien.
LE CRAND-DEC
En fait d’esprit, je sais que vous en avez beaucoup; mais il s’agit de franchise, et je vais droit au fait. Puisque vous avez tant d’influence sur mon neveu , faites-lui comprendre qu’aujourd’huiméme j'entends et j’exige qu’il fasse un choix.
CHAVIGNl.
Un choix... Oserai-je vous demander lequel?
LE CR^-DEC
Peu m’importe : il est le maître ; je ne prétends pas le contraindre ; mais je m’en prends à vous si ce soir meme, d’une manière ou d’une autre , il n’est pas marié.
CHAVIGNl.
Marié ! O ciel , c’est fait de moi !
SCRIBE. — T. lit. 8
S2 LE DIPLOMATE
LE CRAND-DrC.
Et pourquoi doue?
CIIAV1GM.
C’e»t qu’ici, à l'instant même, son altesse venait de m’expliquer ses intentions . qui ne se trouvent pas parfaitement d’accord avec celles de monseigneur, vu qu’il désire rester célibataire.
LE C1ÎAND-MJC.
Comment ! il refuse ! J’en suis fâché pour vous , monsieur, et je ne reconnais pas là votre adresse : comme hier il y était décidé , je sais à qui attribuer ce changement de résolution. Oui, monsieur ; on ne vient pas ainsi , par des intrigues habilement combinées , jeter le trouble dans un État , le désordre tbpis une famille. Je ne me soucie pas ,. grâce à vous, de me trouver en hostilité avec deux puissances. Il leur faut une réponse, une réponse satisfaisante , ou du moins qui ne mécontente ni l’une ni l’autre ; c’est vous que cela regarde ; et puisque vous avez tant de talent, tant d’habileté, trouvez quelque moyen pour sortir de là. Mais n’oubliez pas, je vous le répète, qu’il faut qu’aujourd’hui même mon neveu soit marié , sinon , c’est vous que j’accuse de sa désobéissance; et comme vous n’avez ici aucun caractère officiel, vous ne serez point étonné que je m’assure de votre personne. Adieu ; je vous laisse.
( 11 entre dans son cabinet. )