SCÈNE I
CHAMPENOliX.
Son homra’ d’embarras... et comme Vous êtes un honnête homme,
Vous y en fait’s pour son argent.
DE JORDY
Qu’ est-ce que c’est ? Tiens , voilà ta quittance ; et les trois mille francs ?...
CHAMPEHOl’X.
Dans ce sac.
( Il le dépose sur la table. )
DE JORDY
C’est bon; va-t’en.
CHAMPENOUX.
Non pas ; il faut que je parle à madame.
DE JORDY
Elle n’est pas visible ; mais qu’est-ce que tu as besoin de lui dire ?
CHAMPENOUX.
Cela me regarde ; une affaire particulière... Car vous, monsieur le nouveau régisseur, qui faites le fier avec moi, vous changeriez bien vite de ton si vous saviez qui je suis.
DE JORDY
Eh ! qui donc es-tu ? Monsieur Champenoux , fermier de madame.
CUAMPENOUX.
C’est possible ; ce que je veux dire n’a pas rapport à mon état, mais à ma naissance.
DE JORDY
Ta naissance !... N’es-tu pas , à ce que je crois du moins, le fils d’un ancien garde-chasse?
champenoux.
C’est possible ; mais il y a un autre titre que vous voudriez bien avoir, et qui me rapproche de madame, un titre que je pourrais vous dire, et que je ne vous dirai pas , exprès pour vous apprendre...
Eh ! alors, laisse-moi tranquille et va te promener!
CHAMPENOIX.
Pour ce qui est de me promener, je le pourrais si je voulais; mais j’aime mieux aller déjeuner, parce que j’ai le droit de déjeuner ici. Je suis de la maison, on doit m’y recevoir, m’y accueillir
92 LA MARRAINE
avec égard ; et moi, à cause de mon titre , je peux aussi être fier et avoir des airs insolents.
DF. JORDY
Qu’est-ce à dire?
CHYMPENOCX.
Je sais bien que cela va sur vos brisées ; mais, rassurez- vous, je ne prendrai pas tout , il vous en restera encore assez.
(VI. de Jordy sc lève; il tient plusieurs papiers. )
Air : Amis, voici la riante semaine.
Quoique d’après le rang dont je me vante ,
•c *Kaire antichambr' soit assez inconv’nanl;
J’attendrai bien que madam’ se présente.
Et je prendrai patience en déjeunant.
J’vas boire un coup , ici près , dans l’aut’ chambre ;
Car en fait d'vin on n’a qu’à m’en montrer :
Je ne lui fais jamais faire antichambre,
Dès qu’il paraît, moi je lui dis d’entrer.
(Il entre dans la chambre à droite )