CHAMPENOIS
Oui , ma marraine ; comme j’étais le (ils de la maison , ça m’est revenu... C’est toujours comme ça dans la loi, n’est-il pas vrai?
CAROLINE
Sans contredit.
CIIAMPENOLX.
J’ai aussi mon cousin Thomas, le plus riche cultivateur du pays, dont, grâce au ciel , je suis l’héritier.
CAROLINE
Ah, oui... cet honnête Thomas... un ancien soldat, le parrain d’Édouard ; car c’est lui qui l’a tenu avec moi , qui a été mon compère... Comment scporte-t il?
CIIAMPKXOUX.
Vous êtes bien bonne , ma marraine... Il est mort , il y a un an.
Ah! mon Dieu!... il y a si longtemps que je n’étais venue dans cette terre... Ce pauvre homme! il avait pourtant l’air jeune encore.
CIIAMPENOL'X.
11 n’était pas vieux , si vous voulez ; mais il avait fait son temps... Il avait servi à l'armée avec le père d’Édouard , un troupier comme lui ; et c’est à ce sujet que je voulais vous consulter, parce qu’il y a quelque temps, en cherchant dans ses papiers, j’en ai trouvé un qu’on m’a dit être un testament, et dans lequel il donne tout son bien... trois mille six cent cinquante francs de rentes, en bonnes terres, à M. Édouard , son filleul.
CAROLINE
Et tu ne le disais pas !... Ce pauvre Édouard , qui , par fierté , maintenant ne veut plus rien recevoir de moi... C’est une fortune pour lui, une fortune légitime... c’est presque un patrimoine... Mais , quand j’y pense , toi , mon garçon , qui étais l’héritier naturel , cela doit te chagriner.
CIIAMPENOUX.
Non, vraiment; je n’ai pas si mauvais cœur... Un parrain ou une marraine peuvent donner tout ce qu'ils veulent à un filleul... Là-dessus, faut les laisser faire , n’faut pas les contrarier... Ce qui me chagrine , c’est que, dans son testament , mon cousin Thomas met une condition.
CAROLINE
Et laquelle ?
LA MARRAINE
Craignant pour son tilleul les folies de la jeunesse , ce qui est assez vrai , parce que c’est un gaillard qui ne demande qu’à faire le garçon...
Eh bien ! après ?
CHAMPENOUX.
Eli bien ! comme je vous disais , pour l'empécber de faire le garçon, son parrain ne lui laisse sa fortune qu'à condition qu’il sera marié avant dix-neuf ans.
CAROLINE
Il serait possible !
champenois , lui donnant des papiers.
Voyez plutôt. Et comme malheureusement Édouard a maintenant dix-neuf ans passés , c’est à moi que tout ça revient.
CAROLINE
Tu crois?
CHAMPENOUX.
Certainement. Il a eu dix-neuf ans au mois de janvier dernier, puisqu’on a toujours dit dans le pays qu’il était né le premier jour de l’année, ce qui est une époque assez remarquable; et comme nous sommes en septembre...
CAROLINE, apres avoir lu.
Si ce n’est que cela , rassure-toi ; Édouard n’est pas si âgé que tu crois.
Ah , mon Dieu ! qu’est-ce que vous me dites-là ? Il n’est donc pas né le premier jour de l’an ?
CAROLINE
Si vraiment; mais à l’époque de sa naissance, l'année commen- ' çait, je crois, au mois d’octobre. On appelait cela alors le premier vendémiaire.
CHAMPENOUX.
C’est-il possible ?
CAROLINE
Et comme, d’après ton calcul , nous sommes au milieu de septembre , il lui reste encore à peu près une quinzaine de jours pour se marier. C’est juste ce qu’il faut.
( Elle lui rend les papiers. )
CHAMPENOUX.
C’est fini , je ne crois plus à rien , pas même au calendrier. Cet
Djaitiz'
.ooole