ACTE II, SCÈNE II. ii
MARTHE
El sur quoi
JEAN
Ah , madame ! je ne sais pas , sur un édit du roi...
MARTHE
Et lequel ?
RATON, d'un air important et toujours au comptoir.
Vous ne savez pas cela , vous autres : l'ordonnance qui a paru ce matin et qui remet le pouvoir royal entre les mains de Struensée.
JKAN.
Ça m'est égal , je n'y ai rien compris ; mais tout ce que je sais, c'est qu'on parlait vivement et avec des gestes : et ça s'échauffait,... et il pourrait bien y avoir du bruit.
RATON, d'un air important.
Certainement , c'est très grave.
,N, avec joie.
Vous croyez '
M\RT11E, a Ican.
Et qu'est-ce que <;a le (ait?
JEAN
i me fait plaisir, parce que, quand il y a du bruit on ferme les boutiques, on ne fait plus rien , on a congé; et pour les garçons de magasin , c'est un dimanche de plus dans la semaine ; et puis , c'est si amusant de courir les rues et de crier avec les autres!...
MAKTIII .
De crier... quoi:'
JEAN
Est-ce que je sai> ? ou crie toujours !
MVKTHE.
Il suffit; remonte/ la-haut, et resti /-\ ; fOW ne sortirez plus d'aujourd'hui.
il \N, sortant.
Quel ennui!... il n'y a jamais de prolits dans cette maison-ci!
M \I;l III , M retournant et VOyiOl RatOI qui peudanl ce temps a pris son clinptta et s'est ^'li-sc derrière elle.
Eh bien! toi, qui étais si occupé, où vas tu donc ?
i; vr<)\.
le 'vais \oir ce que c'< -(.
MAKI Ml .
i.t toi aussi?
RATON
N'as-tu pas déjà peur?... Les femmes sont terribles! Je veux seulement savoir ce qui se passe , me mêler parmi les groupes des mécontents , et glisser quelques mots en faveur de la reine-mère.
■ARTHB.
Et qu'as-tu besoin d'elle, ou de sa protection?... Quand on a de l'argent dans sa caisse , et nous en avons, on peut se passer de tout le monde ; on n'a que faire des grands seigneurs, on est libre , indépendant, on est roi dans son magasin; reste dans le tien,... c'est ta place!
C'est-à-dire que je ne suis bon à rien qu'à auner du quinzeseize? c'est-à-dire que tu déprécies le commerce?
MARTHE
Moi , déprécier le commerce ! moi , fille et femme de fabricant! moi , qui trouve que c'est l'état le plus utile au pays, la source de sa richesse et de sa prospérité ! moi, enlin , qui ne vois rien de plus honorable et de plus estimable qu'un commerçant qui cs>l commerçant!... Mais si lui même rougit de son état, s'il quitte sou comptoir pour les antichambres, ce n'est plus ça... Et quand tu dis des bélises comme homme de cour, je ne peux plus l'honorer comme marchand d'étoffes.
RATON
A merveille, madame Raton Burkenstaff! Depuis que notre reine mène son mari , chaque femme du royaume se croit le droit de régenter le sien ;... et vous qui blâmez tant la cour, vous faites comme elle.
m ai; nu .
Eh , monli ! ne songez pas a la eour, qui ne songe pas à vous , el pensez un peu plus à ce qui vous entoure. l'.les-\ous donc si las d'être heureux ? X'avez-vous pas un commerce qui prospère, de> amis qui vous chérissent , une femme qui vous gronde , mais qui VOUS aune, un lils que tout le inonde nous eux ierait , un fils qui ( Bt notre orgueil , notre gloire , noire avenir ?
RATON
\h ! si tu te met - bapitre.
Il \I;!IU".
i.h bien, oui I... voilà mon ambition , à moi , mon affaire d'État ; je m m'informe pas de ce qui se passe ailleurs; peu m'importe