‹ Œuvres choisies de E. Scribe (volume 2)Chapitre 121 sur 639 · MU1THE · texte numérisé non relu

MU1THE

0 ciel!

Oui , depuis deux ans cet amour-la l'ait mon tourment , mon bonheur, mon existence. Et ne croyez pas que, méconnaissant mes devoirs et les droits de l'hospitalité , je lui aie laissé voir ce qui se passait dans mon co'iir, ni (pie jamais j'aie eu l'idée de lui déclarer une passion que j'aurais voulu me cacher à moi-même... Non , je n'aurais plus été digne de l'aimer... Mais ce secret , dont elie ne se doute pas et qu'elle ignorera toujours, d'autres yeux plus clairvoyants l'ont sans doute deviné ; son père se sera aperçu de mon embarras , de mon trouble , de mon émotion ; car à sa vue je m'oubliais moi-même, j'oubliais tout, mais j'étais heureux,... elle était là! Hélas ! ce bonheur, on m'en a privé... Vous savez comment le comte m'a congédié sans me faire connaître les motifs de ma disgrâce , comment il m'a banni de son hôtel , et comment depuis ce jour il n'y a plus pour moi ni repos , ni joie , ni plaisir.

MARTHE

Helas, oui !

t.inc.

Mais ce que vous ne savez pas , c'est que tous les soirs , tous les matins , j'errais autour de ses jardins pour apercevoir de plue près Christine, ou plutôt les fenêtres de son appartement; et d( rnieiement je ne sais quel délire, quelle fièvre s'est emparée de moi;... ma raison m'avait abandonné, et, sans savoir ce que je faij'avais pénétré dans le jardin. m\i;ïiii .

Quelle imprudence:

i iac.

Oh, oui, ma m je ne devais pas la voir... Sans cela, et

au prix de tout mon gang... Mais ras-urez vous; il était onze heures du soir; ptratooene m'avait aperçu , personne, qu'un jeune fat qui, suivi de deux domestiques, traversait une allée pour se rendre chez lui... C'était le baron Frédéric de Cellier, neveu du ministre de la marine, qui tous les soir- , a ce qu'il

r>* BERTRAND LT RATON.

parait , venait faire sa cour... Oui , ma mère , c'est son prétendu , celui qui doit l'épouser... Je n'en savais rien alors :... mais je le devinais déjà à la haine que j'éprouvais pour lui ; et quand il me cria, d'un ton impertinent et hautain : Où allez-vous ainsi? qui éles-vous ? l'insolence de ma réponse égala celle de la demande , et alors,... ah ! ce souvenir ne s'effacera jamais de ma mémoire, il ordonna à ses gens de me châtier , et l'un deux leva la main sur moi ; oui , ma mère , oui, il m'a frappé ; non pas deux fois , car à la première je l'avais étendu à mes pieds; mais il m'avait frappé, il m'avait fait affront ; et quand je courus à son maitre , quand je lui en demandai satisfaction : « Volontiers, me dit-il ; qui etesvous ? » Je lui dis mon nom. « Burkenstaff ! s'écria-t-il avec dédain ; je ne me bats pas avec le fils d'un marchand. Si vous étiez noble ou officier, je ne dis pas?... »

MARTHE , effrayée.

Grand Dieu!

ÉRIC

Noble! je ne puis jamais l'être, c'est impossible! mais officier...

martue, vivement.

Tu ne le seras pas! tu n'obtiendras pas ce grade, où tu n'as pas de droit ; non , tu n'en as pas... Ta place est ici, dans cette maison, près de ta mère, qui perd tout aujourd'hui ; car te voilà comme ton père; vous voilà tous deux prêts à m'abandonner, à exposer vos jours ; et pourquoi? parce que vous ne savez pas être heureux, parce qu'il vous faut des désirs ambitieux , parce que vous regardez au-dessus de votre état. Moi, je ne regarde que vous, je n'aime que vous! Je ne demande rien aux puissances du jour, ni aux grands seigneurs , ni à leurs Mlles... Je ne veux que

mon mari, mon Mis;... mais je les VCUX... (Serrant son (ils dans ses

bras. ) Ça m'appartient , c'est mon bien , et on ne me l'ôtera pas !

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