‹ Œuvres choisies de E. Scribe (volume 2)Chapitre 510 sur 639 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

LUCIEN

Que tu as voulu me rendre la fable de tous,... m'avilir,... et qu'alors je dois t'en demander compte et mMnttrc avec toi;... voilà ce qu'ils disent!

RAYMOND

A merveille! on a toujours le temps de se battre,... on n'a pas toujours celui de parler raison,... et puisque nous sommes seuls, expliquons-nous. Qu'as-tu à me reprocher? Je ne sais rien! je n'ai vu encore que Cécile , qui , elle-même , ignore sur quelles preuves, sur quels témoignages on la condamne; j'aurais pu demander,., interroger,... les nouvelles ne m'auraient pas manqué,... mais tronquées, dénaturées, et surtout amplifiées et embellies... Je n'ai voulu entendre que toi, qui te dis l'offensé , et j'ai promis d'avance à Cécile, qui est dans les larmes , à madame de Savenay, qui voulait partir, qu'aujourd'hui même, ce soir, à ce dîner où j'ai invité toute la ville de Dieppe, je "prouverais clairement, hautement, que Cécile est innocente et pure; que ceux qui l'attaquent sont infâmes, et ceux qui 1rs croient absurdes !... à commencer par toi... Accuse-la, maintenant,... je suis prêt à la défendre !

n en v

Ce n'est pas moi qui l'accuse,... c'est cette rumeur soudaine et générale qui s'élève contre elle! c'est la voix publique...

RAYMOND

Qu'est-ee que e'e:>t que la voix publique? où commencc-t-ellc ? ou finit-elle?... et pour la composer, combien faut-il de clameurs et de sols réunis ?... dos bruits ne sont pas des preuves ;... il m'en faut d'autres,... il me faut dos faits...

il en n , W«c cmliarras.

Khbien'... on dit,... on prétend..;

IlAWIllMi.

Dos faits...

Il CM \ , btlSMOt la voit.

Kh bien!... on lui donne des amants,... on lui en donne plusieui

Quels sont-ils?..

I UMuMi, fronli-mrnt.

1 i < Il s.

Toi, d'abord...

RAYMOND, avre un rontrnlcmrnt ironiqur.

A la bonne heure!... voila une calomnie qui ne procède point par

détour... et par faux fuyant,... une calomnie franche et nette,... comme je les aime... Examinons-la... Je ne te dirai pas que Cécile est la fille de mon bienfaiteur , de mon second père,... de celui à qui je dois tout;... qu'il me Ta confiée à son lit de mort,... que je l'ai élevée comme mon enfant,... et qu'on ne déshonore pas son enfant !... ce serait peut-être une raison pour toi,... ce n'en est pas une pour la calomnie qui s'accommode à merveille d'ingratitude et d'inceste,... et qui tient d'avance pour vraisemblable tout ce qui est infâme ; mais je te donnerai des arguments plus positifs,... je te parlerai de calculs,... d'intérêts,... des miens,... et celte fois, peut être, on pourra me croire. Si j'avais aimé Cécile,... si j'en avais été aimé,... pourquoi ne pas- l'épouser :> Xon-seulement elle est jeune,... elle est belle,... mais elle est riche ;... par mes soins et par mes efforts , par les trésors que j'ai disputés autrefois et arrachés pour elle à l'indemnité. Elle est riche !... et je n'ai rien !... tu le sais, toi !... tu en as les preuves... (Avec orgueil.) Oui, quoi qu'ils aient pu dire, je suis honnête homme,... et grâce au ciel, je n'ai rien,... et au lieu de m'assurcr un avenir légitime et honorable , en épousant celle que j'aime et dont je suis aimé, j'aurais préféré sa honte à ma fortune !... j'en aurais l'ait, comme vous dites, ma maîtresse, ..4 au lieu d'en faire ma femme!... pourquoi?... pour déshonorer exprès la fille de mon bienfaiteur!... pour être infâme à plaisir!...

lucii.v Non, non,... cela D'est pas.

RATBOND.

Voila ce qu'ils proclament, cependant ;... et tu as pu les croire !... et j'ai voulu , disais-tu, l'avilir et te tromper en te faisant ôpodser une jeune fille que tu aimais, que tu m'avais supplié de l'accorder, que tu étais trop heureux d'obtenir, pour qui se présentaient chaque jour de nombreux partis !... et je les ai éloignés,... je t'ai choisi,... parce que je te savais un honnête homme,... et que je voulais le bonheur de ma pupille, de Cécile, qui me chérit... comme uo ami,... comme un frère,... entends-tu bien !'... car moi, Ton ne peut m'aimer autrement... Haie m vos calomnies eussent été véritables,

si, malgré mes rides précoces el mes cheveux blanchis avant l'Age,

il eût été possible , comme vous le disiez, que je fusse aimé de cette jeune Bile,... mets-toi bien dans l'idée que je ne l'eusse cédée

ni S toi ni a aucun autre , BAI j'aurais trouvé 80 elle la compagne

que j'avais révét, la consolation de mes oftagrim , le bonheur de

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