ACTE III, SCÈNE VI
POLICNI , de même.
Pour lui rendre sa parole , pour rompre noire marché. 11 refuse, ou il veut des dédommagements énormes; il parle de cent mille francs.
DORBEVAL.
Ah ça! je t'écoute et ne puis te comprendre : rompre le marché le plus avantageux ! et au moment où je viens déjà de t'employer dans une affaire superbe! A qui en as-tu? pour quelle raison ?
I'OLH.M.
Ah , mon ami ! je l'ai vue ! et un seul mot d'elle a changé toutes mes résolutions. Je renonce à la fortune et à ses vaines promesses : madame de Brienne est tout pour moi.
DORBEVAL.
Il serait possible! Et tu es bien sûr au moins que celle à qui tu t'immoles ainsi mérite un pareil sacrifice ?
POUGNI.
Elle n*a jamais aimé que moi ; et pendant ces trois années d'absence, nul aulre souvenir, nul autre hommage...
DORBEVAL.
Tu en es bien sûr ?
Elle me l'a dit.
POI.K.M
DORBEVAL.
Et si je le disais, moi... Mais au fait cela ne me regarde pas : fais comme tu le voudras.
i oi.m.m , avec inquiétude.
Quoi ? qu'est-ce que c'est ? qu'est-ce que cela signifie ?
DORBEVAL.
Rien,... rien, mon ami; d'ailleurs ,je ne puis, c'est un secret qui m'a été confié.
POLICNI.
En as-tu donc pour moi , pour un ami?
DO!U:i VU..
tu étais raisonnable , ri j'étais sûr de la discrétion... Mais je
If connais ; lu ne sais jamais prendre les choses modérément , ni d'une manière philosophique.
l'OLK.M.
Je nie tairai , je le le jure.
:.i LE MARIAGE D'ARGENT.
DORBEYAL, à demi-voi\.
Eh bien , mon ami ! madame de Brienne avait une liaison en Russie.
POLIGM.
Quelle indigne calomnie ! qui oserait le soutenir?
DORBEYAL.
Te voilà déjà ! ne vas-tu pas te battre avec moi , parce que je veux te rendre service? Si tu le prends ainsi, je ne te dirai rien.
POMGHI , se modérant.
Non , mon ami , je te remercie... Mais , comment sais-tu ? où as-tu vu?
DORBEYAL.
Je le sais par ma femme, qui est son ancienne amie et sa confidente. Je l'ai yu par une lettre , que j'ai lue de mes propres yeux, ici , tout à l'heure, et qui est encore entre ses mains; est-ce clair? Une lettre adressée à madame de Brienne par monsieur de Nangis. P0UG9I , furieux.
Monsieur de Nangis !
DORBEYAL.
Oui , mon cher, une inclination commencée en Russie sous le règne du premier mari; et tu veux, être le second, tu veux lui succéder !
POLTGNI.
Adieu !
DORBEYAL, le retenant.
Où Yas-tu ?
POLICM.
Chez monsieur de Nangis.
DORBEl vi..
Y penses-tu? la compromettre par un éclat quand tu lui dois des remerciements et de la reconnaissance ! Tu allais te sacrifier pour clic, te miner à jamais, cl clic l'offre les moyens de rompre ; elle te rend ta liberté , ta fortune; je voudrais bien être à ta place : tu es trop heureux d'être trahi.
POLfGNI.
Oui, oui, je suis trop heureux ! mais je suis furieux, et elle saura du moins...
DOKREVAL.
Et voilà ce qu'il lie faut pas. Mans la bonne société , un calant
homme qu'on trahit ne se plainl jamais; sanseela , os serait un
bruit, on ne s'entendrait pas I D'ailleurs, lu m'as promis... La voici... Du silence ! et lOUge à la parole.