GABRIEL, MADAME DE CRÉCY
( Tous deux au milieu du théâtre, et se regardant d'un air étonné. )
MADAME DE CRÉCY
Qu'est-ce que cela signifie?
GABRIEL, d'un air innocent.
Je n'eu sais rien . et je ne m'en doute même pas. Comme je venais de vous le dire , d'après les nouvelles instances de votre mari , qui craignait que mon départ ne parut extraordinaire; à la société , je voulais, madame, vous donner la main jusqu'à la mairie, et après cela, obéir à vos ordres, en vous quittant pour jamais.
Je ne me trompe point , l'on ferme les portes sur nous!
CABR1FE, froidement.
Je ne sais pas alors comment nous ferons pour aller à la mairie ; il faudra attendre qu'on nous ouvre.
MADAME DE CRÉCY
Comment, monsieur ! nous laisser ainsi ! s'enfuir à notre aspect !
CABRIEL.
Air de Céline.
Oui , dans l'exacte bienséance, Il est mal de nous oublier.
Je conçois votre impatience, Vous avpz à \ous marier !
Je sais que l'on tient, d'ordinaire , A terminer ces choses là; Quant à moi , je n'ai rien a faire , Et j'attendrai tant qu'on voudra.
MADAME DE CRÉCY
O ciel! ce calme, ce sang-froid... c'est quelque ruse de vous!
GABRIEL
Je conviens , madame , qu'au premier coup d'œil cette idée-là a bien quelque apparence de raison.
Air du Piège.
Banni par un injuste arrêt, Encor tout plein de mon outrage, J'ai pu former quelque projet Pour empêcher ce mariage.
m LA QUARANTAINE-
Vous enlever à la noce! ah ! vraiment C'eût été d'une audace extrême!
Alors j'ai trouvé plus décent D'enlever la noce elle-même.
Elle vient de partir.
MADAME DE CUÉCV.
J'ignore quels moyens vous avez employés; mais celui qui a pu me compromettre ainsi n'obtiendra jamais rien de moi.
GABRIEL
Permettez-moi au moins de me justifier et de vous expliquer...
MADAME DE CRÉCY
Éloignez-vous, monsieur, je ne veux rien entendre.
GABRIEL
Vous ne devez point douter, madame , de mon respect ni de ma soumission; à défaut d'autre mérite, j'aurai du moins celui de l'obéissance, et je ne reparaîtrai à vos yeux que quand vous me rappellerez.
(Il sort.)