‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 123 sur 414 · SCÈNE III. lit · texte numérisé non relu

SCÈNE III. lit

ESTELLE

C'est qu'elles ont souvent la même valeur ; mais vous êtes bien bon de faire attention à cela.

BONNEMAIN, qui a lu sa lettre.

Qu'est-ce que je disais?.... encore une.... (Lisant.) < Monsieur , j'apprends en province , où je suis eu ce moment , que vous allez épouser mademoiselle de Saint-André... J'espère, si vous êtes homme d'honneur , que vous suspendrez ce mariage jusqu'à l'explication que je désire avoir avec vous.... Si j'emprunte une main étrangère, et si je ne signe point ce billet, c'est à cause de votre beau-père, dont je ne veux pas être connu ; mais je pars presqu'en même temps que ma lettre , et je serai à Paris le 8. » Qu'est-ce que cela veut dire ?

ESTELLE

C'est une plaisanterie , une mystification.

BONNEMAIN

Je l'ai bien vu tout de suite; mais voila une plaisanterie de bien mauvais genre ; ça sent bien la province , et cela me ferait croire...

ESTELLE

Allons donc! n'allez-vous pas y penser? est-ce que ça en vaut

la peine ?

Non, certainement. (Réfléchissant.) Le 8, c'est le 8 qu'il doit arriver; par bonheur, nous sommes aujourd'hui le 7; mais c'est égal, cette lettre-là va me tourmenter toute la journée. Et ma femme, qui ne se dépêche pas; on nous attend à la municipalité ; le maire va s'impatienter, et nous courons risque de n'être mariés que par l'adjoint.

ESTELLE

Air : Tenez , moi, je suis un bon Iioiuiuc. Pourvu qu'enfin on vous marie.

BONNEMAIN

Mais dans le salon d'où j'accours , On fait mainte plaisanterie, On fait même des calembours.

( A part.) « Pour l'époux quel fâcheux présage , « Disaient tout bas quelques témoins, « De commencer son mariage « Avec le secours des adjoints! »

Ah! voici enfin madame de Saint-André , ma belle-mère. SCÈNE IV.

LES PRÉCÉDENTS; MADAME DE SATNT-AINDRÉ , sortant de la chambre à droite.

MADAME DE SAINT-ANDRÉ

Eh bien , Estelle , que faites-vous là ? Allez donc retrouver votre sœur : ne la laissez pas seule. Pauvre enfant ! dans un jour comme celui-ci , elle a besoin d'être entourée de sa famille.

ESTELLE

Oui, maman. (Elle rentre dans la chambre à droite.) MADAME DE SAINT ANDRÉ , d'un air mélancolique.

Bonjour, mon cher Bonnemain ; vous me voyez dans un état... Je conçois votre bonheur, votre ivresse; mais moi, je ne peux pas m'habituer à l'idée de cette séparation; je suis sure que j'ai les yeux rouges.

BONNEMAIN

Du tout , ils sont vifs et brillants ; et vous avez un teint charmant.

MADAME DE SAINT- ANDRÉ

C'est qu'il faut bien prend e sur soi ; mais c'est égal , pour une mère, il est si terrible de quitter son enfant... Ah! mon cher ami! c'est le jour le plus malheureux de ma vie !

BONNEMAIN

C'est agréable pour moi ; ça et les lettres anonymes...

MADAME DE SAINT- ANDRÉ

Je ne dis pas cela pour vous, mon gendre; certainement ma iille aura une existence superbe : une voiture , de la considération, l'amour que vous avez pour e\\n , un hôtel à la Cbaussée-d'Antin , et une loge à tous les théâtres ; mais c'est moi qui suis à plaindre !

BONNEMAIN

Du tout, belle mère, du tout, vu que vous ne quitterez pas votre fille , et que vous partagerez son bonheur.

MADAME DE SAINT-ANDRÉ

Ah! oui , n'est-ce pas ? promettez moi de la rendre bienheureuse , je vous confie son avenir.

Air : Il me faudra quitter l'empire.

Elle est naïve autant qu'elle est jolie : Ménagez-la ; que sur ses volonlés

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