‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 126 sur 414 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

ma fille aînée, et je m'empresse d'envoyer à tous mes parents, amis et connaissances , la circulaire de rigueur, annonçant que mademoiselle Estelle de Saint-André va épouser M. Bonnemain , receveur général ; j'en ai envoyé jusqu'à Lyon et à Bordeaux. Hé bien ! pas du tout , monsieur n'était pas sûr.

BONNEMAIN

Tiens ! qui est-ce qui est sur de rien? Comme si je pouvais prévoir un changement d'inclination !

Air des Scythes et des Amazones.

C'est une chose à présent fort commune : Ne voit-on pas chez nous, dans tous les rangs, Pour l'amitié, les plaisirs, la fortune, Changer d'idée ou bien de sentiments ; L'ambition fait tourner bien des tètes : Eniin pourquoi voulez-vous , de nos jours , Lorsque partout on voit des girouettes, > N'en pas trouver aussi chez les amours, ) N'en pas voir aussi chez les amours? [Bis.)

MADAME DE SAINT-ANDRÉ

Vous perdez là un temps précieux ; partez donc.

BONNEMAIN

Oui, ma belle-mère; oui, mon beau-père. (Allant vers la porte du fond. ) Faites avancer ma voiture ; il est bien temps que le mariage vienne me fixer ; car depuis ce matin.. . ( il va a la porte de la chambre ,

à droite.)

MADAME DE SAINT-ANDBÉ , à Eonnemain.

Que faites-vous donc ?

BONNEMAIN

C'est que je voudrais , avant de partir, savoir où en est la toilette de ma femme.

(11 frappe à la porte.) JULES , en dedans.

Qui est là?

BONNEMAIN, prenant une petite voix.

C'est le marié.

Jules , en dedans.

Tout à l'heure , on n'entre pas.

BONNEMAIN

Qu'est-ce que cela signifie? ma femme n'est pas seule.

MADAME DE SAINT-ANDRÉ

Eh non ! elle est avec sa sœur, ses femmes de chamb re , et Jules , un de nos parents.

BONNEMAIN

Qu'est-ce que c'est que M. Jules?

MADAME DE SAINT-ANDRÉ

C'est son cousin. Quel regard vous venez de me lancer; est-ce (lue vous seriez jaloux? jaloux d'un enfaut qui fait encore sa logique !

BONNEMAIN

La logique!... la logique!... qu'est-ce que cela prouve? (A part.) Si cette lettre anonyme était de lui! je me défie des cousins; comme l'a dit un savant : l'hymen est un mélodrame à fracas, où les petits cousins jouent le rôle de traîtres.

MADAME DE SAlNT-ANDKÉ , pleurant.

Et le mari le rôle de tyran.

M. DE SAINT-ANDRÉ , à Bonnemain.

Allons donc, mon gendre, qu'est-ce que vous faites-là? Je ne vous quitte pas que vous ne soyez en voiture.

BONNEMAIN

C'est ça ; le beau-père qui s'impatiente, labelle-mère qui pleure ; je suis entre le feu et l'eau ; allons , belle maman , essuyez vos beaux yeux; je cours vous obéir ; mais que de choses à faire !

Air du vaudeville du Petit Courrier.

Nous avons d'abord Col li net;

Puis la visite à la grand'tante;

Le maire qui sïmpaliente,

Et le glacier qu'on oubliait.

Ah! grand Dieu ! quel ennui j'éprouve

Dans ce jour qu'on semble envier,

Il n'est pas bien sûr que je trouve

Un instant pour me marier.

( Il sort par le fond , M. de Saint-André sort avec lui. )

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