SCÈNE V
ROXDOX, se levant , et prenant la lettre.
Eh ! c'est la lettre de réception ! ( il lit tout haut. ) « Messieurs , « votre petite pièce » Petite pièce; elle est parbleu bien grande! « votre petite pièce pétille d'esprit et d'originalité ; les caractères « sont bien tracés, le dialogue est vif et naturel, les scènes abon- « dent en intentions comiques ; mais on a trouvé que le genre de « l'ouvrage ne convient pas à notre théâtre. Je vous annonce donc « à regret que la pièce a été refusée...
DELMAR
Refusée !
RONDON.
«A l'unanimité. Croyez bien, messieurs, que l'administra- « tion.... » Oui, les termes de consolation ! C'est une horreur!
DELMAR
Tu disais qu'ils avaient ri.
RONDOX.
Mais à mes dépens , à ce qu'il parait. C'est prendre les gens eu traître. C'est une indignité.
DELMAR
Ils sont fiers , parce qu'ils ont la vogue.
ROXDOX.
Ils ne l'auront pas longtemps , je me vengerai; et pour commencer, un bon article , bien juste... ( H se met à la table, et écrit. ) « Les recettes du théâtre de .Madame commencent à baisser; son « astre pâlit...
Comment! tu vas...
LONDOX.
Écoute donc ! je suis bon enfant ; mais cela a des bornes : il ne faut pas non plus selaisser faire la loi. (il écrit, et répète à haute voix :) « La négligence de l'administration , la révoltante partialité des « directeurs, la nullité des membres du comité , le honteux mo- « nopole, le marivaudage, etc., etc., etc. » Au lieu de prendre pour modèle les administrations voisines ; celle de Feydeau , par exemple , si douce, si paternelle...
DELMAR
Est-ce que tu veux porter notre pièce à l'Opéra-Comique?
ROXDOX.
Sans doute.
DELMAR
Ou sonne.
RONDON.
Feydeau est un théâtre royal , un théâtre estimable , ennemi des cabales.
DELMAR
Oui , si l'on nous reçoit.
JOIfN, annonçant.
Madame de Melcourt.