‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 189 sur 414 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

Je suis bien plus heureux, madame,

De ne conspirer qn'avec vous :

Ne craignez point qu'ici je vous trahisse ; Que n'avez-vous ( c'est là mon seul souhait )

Un secret qui vous forcerait

A n'avoir que moi pour complice!

MADAME DE MLLCOIRT.

Il ne s'agit pas de cela, monsieur, mais de mon oncle, à qui l'on a tout dit, et qui va lui-même courir aux informations chez M. Derbois, conseiller, qui connaît tous les médecins de Paris ; il va partir dans l'instant , car il a même fait demander un fiacre.

DELMAR

Un fiacre ! c'est bon ; nous avons du temps à nous , vite l'Almanach des 25,000 adresses.

(Il l'ouvre.) MADAME DE MELCOLRT.

De là, il doit aller au Palais-Royal , cbez les libraires du docteur, pour demander le fameux Traité du Croup, et sa visite fera époque, car c'est peut-être le premierexemplaire qui se sera vendu de l'année.

Rassurez-vous, car l'on peut tout réparer. ( Appelant. ) John!

François ! toute la maison ! ( Allant à son secrétaire. )

MADAME DE MELCOURT.

Eh bien ! que faites-vous donc ?

DELMAR

Air : L'amour qu'Edmond a su me taire.

Dans notre sagesse ordinaire , Notre budget tantôt fut arrêté ;

Et voilà, dans mon secrétaire, Trois mille francs que j'ai mis de côté.

MADAME DE MELCOLRT.

Chez un auteur, mille écus ! quel prodige !

DELMAR

Pour mes plaisirs je les avais laissés; Ils vont sauver un ami que j'oblige ; Selon mes vœux les voilà dépensés.

(A John et à François, qui entrent.)

Approchez , vous autres , et écoutez bien. Il me faut du monde,

des amis dévoués , et il m'en faut beaucoup ; enfin , comme s'il s'agissait d'une première représentation.

JOHN

Je comprends, monsieur, on fera comme la dernière fois.

C'est bien , ce sera enlevé ! quatre de vos gens iront à dix minutes de distance chez M. Derbois, conseiller, rue du Harlay; ils monteront , ils sonneront fort ; ils demanderont si ou n'a pas vu M. le docteur Rémy. Ils ajouteront qu'on le cherche dans tout le quartier, qu'il doit y être , qu'il faut qu'on le trouve, attendu qu'il est demandé par un ministre , par un prince et par un banquier, jonx.

Oui , monsieur.

DELMAR

Pendant ce temps, les autres courront les galeries du Palais- Royal, entreront chez tous les libraires, et achèteront tous les exemplaires qu'ils pourront trouver d'un Truite sur le Croup, par le docteur Rémy, Comprends-tu bien ?

JOHN

Oui, monsieur.

DELMAR

Surtout , ne va pas te tromper et en acheter un autre ! quelque confrère dont on enlèverait l'édition !

JOHN

Soyez tranquille.

DELMAR

Tous les exemplaires, à quelque prix que ce soit ; quand les derniers devraient coûter vingt francs ! Tenez, prenez , voilà de l'argent, et s'il en faut encore, n'épargnez rien, jonx.

Monsieur sera content.

DELMAR

Ce gaillard-là a de l'intelligence. Il faudra que je le pousse au théâtre. Partez.

(John et François sortent. )

MADAME DE MELCOtRT.

Moi , je vais porter les derniers coups. Tout ce que je crains maintenant, ce sont les articles de Roudon.

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