SCENE XV11I
RÉMY
Vraiment !
GERMONT, qui a regardé le journal.
C'est ma foi vrai, c'est imprimé.
RONDON.
Il ne manquait plus que cela pour leur tourner la tète.
GERMONT
Ah ! mon Dieu ! ma fille ! mes enfants ! il est question de moi.
DELMAR , prenant le journal.
Ce n'est pas possible!
RONDON, bas.
Si vraiment, j'avais soigné le beau-père.
DELMAR, lisant le journal en rcgardaut Germont.
« Un peintre célèbre, l'honneur de la province, vient d'arriver « à Paris; c'est M. Germont, auteur du fameux tableau du tSas- « sacre des Innocents. On dit qu'il s'est enfiu déterminé à publier « son Cours d'Agriculture, si impatiemment attendu par les sa- « vants. »
GERMONT
Je commence donc à percer ?
C'est à votre gendre que vous devez cela. Tout ce qui tient a un homme célèbre acquiert de la célébrité.
GERMONT, à Rondon.
Eh bien, monsieur! vous qui prétendiez que Rémy n'avait ni talent ni réputation, que dites-vous de cet article-là, de cet article où on lui donne de si grands éloges?
RONDON", avec noblesse.
Je dis, monsieur, que l'article est de moi.
GERMONT et RÉMY.
Il se pourrait !
RONDON.
Je suis Rondon, homme de lettres, celui qu'on vous avait proposé pour gendre. Comme rival, je n'étais point obligé de dire du bien de monsieur; mais comme juge, je devais la vérité, et je l'ai dite.
DELMAR , à part.
C'est bien cela ! charlatanisme de générosité !
RÉMY, allaut à Rondon.
Monsieur, je n'oublierai jamais un trait aussi généreux ; vous êtes un homme d'honneur, vous êtes un galant homme.
Monsieur, je suis un bon enfant, et voilà tout.