‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 230 sur 414 · SCÈNE XVIir · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIir

CHARLES

Ah çà! est-ce qu'il y en aurait un autre que moi qui aurait épousé Paméla ?

r.l.M ILLE , les regardant tous.

Eh! mon Dieu! d'où vient cet accueil solennel:'

EJSMELIHE.

Vous allez le savoir. Je dois à mon père et à vous ( montrant Charles) , et surtout à monsieur, de m'expliquer ici sans détour. Je vous aimais, monsieur, du moins je le croyais , car j'ignorais mes propres sentiments, et surtout je ne vous connaissais pas ; mais maintenant je sais qui vous êtes : après votre lâche conduite et la feinte à laquelle vous n'avez pas craint d'avoir recours...

RIXVILLE.

Quoi! vous savez enfin la vérité !

emmelim:.

Oui , monsieur, nous savons tout : voilà pourquoi je ne vous aime plus ; je ne vous aimerai jamais.

RIXVILLE.

0 ciel !

E3IMELIXE.

Et afin que vous soyez bien sûr de mon indifférence... si j'élève ici la voix, ce n'est pas pour vous accuser, mais pour demander votre grâce. (A M. Derrière.) Oui, mon père, désormais soumise à vos volontés, je suivrai vos conseils, je vous obéirai en tout; mais , pour prix de mon obéissance, daignez pardonner à mon cousin; qu'il soit heureux avec celle qu'il a choisie.

CHARLES, qui s'est attendri , et qui tire son mouchoir.

0 ma bonne cousine!

R1NYILLE.

Voilà que nous n'y sommes plus.

EMMELINE

Qu'il parte, qu'il ne nous voie plus; mais qu'il emporte avec lui et votre pardon et votre consentement à son mariage.

RffiVILLE.

Mon mariage! qui a pu vous dire ...?

EMMEUNE, pleurant.

Monsieur, qui y était.

CHARLES, pleurant.

Oui, monsieur, j'ai tout dit; j'ai dit que Charles était marié.

R1NY1LI.E, avec joie.

Charles marié! il se pourrait! (Se jetant aux pieds d'Eoiroeline. ) Mon cher beau-père , ma chère Emnaeline , que je suis heureux ! Non , non , ne me regardez pas ainsi, n'ayez pas peur; j'ai toute ma raison : car celui que vous voyez à vos pieds a le bonheur de ne pas être votre cousin ; c'est votre amant , c'est votre époux , celui qui vous était destiné.

M. DERVIÈRE.

M. deRinville?

RINYILLE.

Lui-même.

M. DERVIÈRE.

Et mon fripon de neveu ?

CHARLES , à genoux , à la gauche de M. Dervière.

i Par ici.

M. DERVIÈRE.

Eh quoi ! mauvais sujet !

RIXVILLE.

Comme j'avais pris son nom , je lui ai donné le mien en dédommagement.

CHARLES

Je vous dois du retour, car vous n'avez pas gagné au change .

EUMEL1NE.

Je ne reviens pas encore de ma surprise. ( A Charles. ) Comment , mon pauvre Charles, c'était toi que je délestais ainsi? et vous, monsieur, que je n'avais jamais vu...

RINVILLE.

Vous croyiez m'avoir aimé autrefois.

EMMELINE

Je me suis trompée; j'ai pris le passé pour l'avenir. VAUDEVILLE.

Air du vaudeville de la Somnambule.

D'une passion chimérique Tu reconnais enlin l'erreur ; L'amour constant el platonique N'existe pas, et par bonheur, Pour nous rappeler notre aurore , Pour embellir nos derniers jours, Le ciel permet qu'on aime encore, Même après ses premiers amours.

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