SCÈNE XIV
MADAME DEMARCILLY, sortant de son apparlchicnt ; M. DE VILLE- BLANCHE, cache derrière la psyché.
MADAME DE M ARCILLY, se croyant seule.
Catherine est partie? bien.
( Elle va fermer la porte du fond. )
H. DE YILLEBLANCUE, à part.
Que va-l-elle faire? Eh bien ! elle ferme la porte:'
MADAME DE MARCILLY
Enfin, je suis seule.
M. DE YILLEBLANCUE , à part.
Seule ! Au çà ! et l'autre ?
MADAME DE MARCILLY
Voici bientôt l'heure du diner. Il faut pourtant songer à ma toilette; c'est tout au plus si j'en aurai le courage. (!Elle jette sur uu
fauteuil son chapeau et son châle. )
H. DE YILLEBLANCUE, à part.
Ah ! mon Dieu; je ne me doutais pas des dangers de la position.
MADAME DE MARCILLY , s'asseyant auprès de la table à droite.
J'ai beau faire, j'ai beau changer de lieu, la même idée me poursuit toujours... je ne suis pas contente de moi... Et ce n'est vraiment pas bien de m'opposer à ce mariage, non pas pour ma Mlle, dont le bonheur n'y est nullement attaché, car tout cela lui est fort indifférent, elle ne se marierait que par obéissance ; mais c'est pour ce jeune homme, qui est vraiment fort aimable ; c'est surtout pour ce pauvre Villeblanche, que j'aime de tout mon cœur, et qui va cire contre moi d'une colère...
H. DE YILLEBLANCUE, à part.
Je sens que cela s'en va.
MADAME DE MARCILLY, soupirant.
Je le vois , il faut prendre son parti ; eh bien ! je me résigne , je me dévoue. Je quitterai la rose et les coiffures en cheYeux ; et le jour de la signature du contrat, je mettrai une robe de levantine gris-perle ou lilas, très-claire, avec un petit chapeau et des marabouts; cela tient le milieu entre la première et la seconde jeunesse, et cela servira de transition. Mais c'est le jour du mariage! quelle contenauce aurai-je au milieu de tous ces parents, qui n'ouvriront la bouche que pour me dire : « Madame votre fille, — mon- « sieur votre gendre. » Je crois entendre déjà les couplets obligés, où l'on me promettra une nuée d'arriere-desceudants. Que répondrai-je? Je ferai mon possible pour sourire ainsi. (S'asseyant devant le miroir.) Eh bien , non ! je serai gauche, embarrassée. (Essayant une autre mine.) Peut-être qu'un air sentimental, attendri... Encore pis, c'est détestable; l'air sentimental me vieillit horriblement. (Elle se lève.) Mais c'est qu'aussi, il faut être juste, je n'ai pas encore une