‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 268 sur 414 · SCÈNE 1U · texte numérisé non relu

SCÈNE 1U

CAMILLE

De la ferme , où j'ai déniché des œufs , et j'en ai plein ce panier, où ils sont tout chauds ; comme c'est gentil , tiens , maman.

(Elle le pose sur la table.) MADAME DIMESML , à part.

A merveille , cela servira pour mon déjeuner (haut) ; mais courir ainsi le matin, au soleil , pour se gâter le teint.

CAMILLE

Oh ! je n'y tiens pas ; c'est si amusant de courir dans la campagne, par une belle matinée de printemps. J'ai respiré le bon air, j'ai cueilli des bluets , et j'étais heureuse... je ne sais pourquoi ; mais enfin , je me trouvais heureuse.

MADAME DIMESML.

De sorte que tu ne désires rien.

CAMILLE

Rien que de rester auprès de toi , auprès de mon père, et de ne jamais vous quitter; je viens d'avoir un si grand bonheur. Imagine-toi, maman, qu'en arrivant à la ferme , j'ai demandé une jatte de lait et un grand morceau de pain bis.

MADAME DIMESML.

Comment ! est-ce que tu aurais déjeuné ?

CAMILLE

Juste; c'est si bon du pain bis et delà crème.

MADAME IRMESML, à part.

Ah, mon Dieu ! ce jeune homme qui va arriver; quelle mine fera-t -elle à table ? (Haut.) Je vous demande de quoi vous allez vous aviser ?

CAMILLE

Tu as peur que ça ne me fasse mal; mais sois trauquille, je vais faire d'ici au diner une promenade à âne ; déjà j'ai donné mes ordres.

MADAME DIMESML , à part.

Il ne manquait plus que cela; s'en aller au momeut où son futur... (Haut.) Non, mademoiselle, vous resterez; je le veux. Mais comme te voilà faite ! Pourquoi n'as-tu pas mis une robe qui fût mieux que celle-là ? *

CAMILLE

A quoi bon ? c'est celle de tous les jours , et vous m'avez dit qu'il ne fallait pas être coquette.

MADAME DIMESML.

Tu as raison : c'est-à-dire, cependant... il y a des occasions... Dis donc, Camille , on a porté dans ta chambre une robe rose que tu devrais bien essayer, pour que je voie comment elle te va.

Air du vaudeville des Amazones.

En même temps, si j'étais à ta place, Moi , je mettrais tes souliers de satin ; Ils vont si bien , ils donnent de la grâce. CAMILLE , étonnée.

On attend donc du monde ce matin?

MADAME Dl MESNIL.

Non pas, vraiment; mais vous devez m'entendre : En général , je vous fais observer Qu'à dix-sept ans on doit toujours attendre , On ne sait pas ce qui peut arriver.

CAMILLE

Qu'est-ce qu'il va donc m'arriver ?... Je ne sais pas ce que maman a ce matin.

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