CAMILLE, BAPTISTE
CAMILLE
Qu'est-ce qu'ils ont donc tous ? Ces préparatifs , ce déjeuner, cet air dejoieetde mystère...
baptisti;.
Comment , mademoiselle , vous ne devinez pas ?
CAMILLE
Eb ! non, sans doute ; et si tu le sais , dis-le-moi vite.
BAPTISTE
On m'a bien défendu d'en parler ; mais comme ça vous regarde, et qu'on ne peut rien sans vous , faudra toujours que vous le sachiez. (A demi-voix.) On va vous marier.
CAMILLE
Moi ? ah ! mon Dieu ! qu'est-ce que tu me dis là ? Je n'y avais jamais pensé. Et pourquoi me marier ? et à quoi bon ?
Comment ! ça ne vous fait pas plaisir ?
CAMILLE
Au contraire ; ça me fait peur, et me voilà toute tremblante. Pourquoi m'en as-tu parlé ? pourquoi m'as-tu dit cela ?
BAPTISTE
Parce que le prétendu va arriver. Un beau jeune homme, qui est bien aimable; car on dit qu'il est joliment riche , et il faut vous préparer d'avance, pour tâcher de lui plaire , tout naturellement.
CAMILLE
Ah , mon Dieu! voilà qui est encore pire ; et je devine mainte « nant les recommandations de ma mère , la toilette qu'elle m'a préparée , la harpe qu'on a accordée ce matin ; on va me faire chanter devant lui.
Air du vaudeville de Oui et ISon.
Dieu ! quelle gène, quel ennui !
C'est mon parrain qui le protège;
Un ami : c'est bien mal à lui.
A ce jeune homme que dirai-je?
Sans le voir je le hais déjà.
BAPTISTE
C'est par trop tôt. Un jour peut-être ,
De soi-même cela viendra ;
Mais faut au moins l'temps d'se connaître.
CAMILLE
Quelle contenance aurai-je en présence de cet étranger ?
Comme disait madame votre mère , il faut d'abord vous tenir droite, et puis lui faire des petits airs, des mines en dessous, comme font toutes les demoiselles qui veulent devenir des madames.
CAMILLE
Jamais ! ça m'est impossible , j'aime mieux retourner à la ferme.
BAPTISTE
Ne vous en avisez pas, mademoiselle, ça romprait le mariage, et ça ne ferait pas notre compte, à moi, surtout , qui ai depuis si longtemps un fameux projet.
CAMILLE
Et quoi donc ?
BAPTISTE
Vous savez , mademoiselle , que je suis la sagesse et la sobriété en personne, et que je ne vais jamais au cabaret , pas même le dimanche.
CAMILLE
Oui, après; je sais qu'on ne peut que te louer.
BAPTISTE
Eb bien ! au contraire ; les autres se moquent de moi , et parce que je ne vais pas boire avec eux, ils m'appellent cafard , ce qui est désagréable ; aussi pour rétablir ma réputation , j'ai là une idée.
Air du vaudeville de l'hcu de six francs.
Je puis me vanter qu'elle est bonne ; Le jour où l'on vous mariera , C'est décidé , faut que j'm'en donne.
Oh ! oui, ma'm'sell', j'vous dois bien ça. Pourvos bontés j'vous dois bien ça.
Depuis longtemps v'Ià que j'm'apprête , Et c'est en fidèT serviteur,