SCÈNE XIV
LES PRÉCÉDENTS ; ALPHONSE, la cravache à la main. ALPHONSE , un peu embarrassé.
Monsieur, je ne voulais pas m'éloigner sans vous avoir exprimé, ainsi qu'à madame, combien je....
M. DLMiESML, d'un air ouvert.
Tenez, mon cher monsieur, point d'excuses; vous avez dû, ce matin, nous trouver bien ridicules.
ALPHONSE
Comment, monsieur?
M. DUMESNIL
Que voulez-vous! cette idée de mariage, d'uu gendre que nous
in LA DEMOISELLE A MARIER.
ne connaissions pas, nous avait tous troublés, et nous n'étions plus nous-mêmes; maintenant qu'il n'est plus question de rien , et que nous nous sommes expliqués, nous en agirons sans façons, sans cérémonie; ne voyez en nous que de bons voisins, qui vous estiment, qui vous aiment et qui seront charmés de vous le prouver. Alphonse, étonné.
Eh mais! quel changement ! ce langage franc et cordial. Monsieur... vous me voyez pénétré...
H. WJME8NIL.
Ce n'est pas cela que je vous demande ; restez-vous à dîner avec nous ?
ALPHONSE
Quoi, vous voulez...
DIC0LDRA1.
Air : 11 me faudra quitter l'empire.
Eh , oui , morbleu ! c'est la règle commune ! On trinque ensemble, et l'on reste garçon.
M. Dl'.UESNIL.
Oui , nous croirons qu'on nous garde rancune , Si vous n'acceptez sans façon.
MADAME Dl.MESNU..
Oui, sur-le-champ et sans façon.
ALPHONSE
Ah ! dans ce cas je dois me rendre.
H. DIMESNÏL.
A merveille ! je suis ravi...
(Lui serrant la main. ) Et si la main que vous m'offrez ainsi N'est plus pour moi la main d'un gendre , Que ce soit celle d'un ami , Que ce soit la main d'un ami.
ALPHONSE , à part.
Ce sont vraiment d'excellentes gens.
M. DIMESNÏL.
Et puis, mon cher voisin, vous nous aiderez de votre présence ; nous avons encore pour ce soir une autre entrevue.
ALPHONSE, souriant.
Ah ! une autre entrevue !
M. DIMESNIL, riant.
Oui, le fils de M. de Géron ville, qui, en même temps que vous, s'était mis sur les rangs.
SCL.NL XIV. 313
MADAME DIMESML.
Nous ne perdons pas de temps, n'est-ce pas? Que voulez-vous! quand on a une fiile à marier; vous saurez cela un jour.
M. DOIESNIL.
Vous avez pu voir que nous n'étions pas très au fait; moi, je n'y entends rien , ma femme perd la tète ; au lieu que vous , qui êtes de saug-froid, et qui avez l'usage du monde, vous nous aiderez. Ah ça ! c'est arrangé, n'est-ce pas.'
ALPHONSE
De tout mon cœur.
MADAME DUMESM1L.
Et quant à la pièce de terre que vous désirez, tout ce que vous voudrez, monsieur, elle est à vous.
ALPHONSE
Ah ! ce ne serait qu'autant qu'il vous conviendrait de la vendre ; car je n'y tenais que parce que l'on m'a dit qu'elle faisait partie autrefois de la propriété de M. de Saint-Rambert, mon oncle.
DICOIDRAI.
M. de Saint-Rambert! Qu'est-ce que vous dites donc, jeune homme? M. de Saint-Rambert, le capitaine de vaisseau?
ALPHONSE
Oui, monsieur.
DUCOUDRAI.
C'était votre oncle?
ALPUONSE.
Sans doute.
DECOUDRAI.
Eh mais; c'était mon camarade de collège. Comment, vous êtes le neveu de ce pauvre Saint-Rambert! un diable, un écervelé, un excellent cœur, qui m'adonne plus de tapes... Il a dû von-, parler de moi, Ducoudrai, Ducoudrai d'Épernay.
ALPHONSE
M. Ducoudrai! oh! mais très-souvent; il vous aimait beaucoup.
DECOUDRAI.
Et moi donc?Mais où diable avais-je la tête? Luceval, Luceval, je disais aussi : je connais ce nom-là; c'était sa sœur qui avait épousé un Luceval, avocat-général.
ALPHONSE
Justement, mon père.
DUCOUDRAI.
Parbleu ! je connais tout cela.
Que je suis heureux ! un ami de mon oncle.
M. et MADAME DUMESX1L.
C'est charmant ! quelle rencontre !
DECOUDRAI.
Un gaillard que j'ai vu pas plus haut que ça ; eh bien ! ce que c"est que de ne pas s'expliquer pourtant: concevez-vous? à la première vue, vous ne me plaisiez pas, oh! mais du tout.
ALPHONSE , souriant.
Eh mais! franchement, ni vous non plus.
DLCOLDI1AI, riant.
Vraiment! c'est très-drôle, d'anciens amis.
ALPHONSE
Mais j'espère maintenant que nous nous verrons souvent avec mes bons voisins, (v Ducoudrai.) Vous êtes chasseur?
DECOUDRAI.
Oui, le dimanche.
ALPHONSE
J'ai six cents arpents de bois à votre disposition.
DECOUDRAI, lui donnant une poignée de main.
Six cents arpents ! c'est qu'il est très-aimable ce jeune homme-là.
ALPHONSE
Air de Préville et Taconnet.
D'excellent vin ma cave est bien fournie ; Venez souvent.
Quel espoir m'est offert!
ALPHONSE
Et j'ai de plus un homme de génie, Un cuisinier élève de Robert.
DUCOUDRAI.
Un cuisinier élève de Robert !
C'est une existence de prince !
Dans son château je nous vois réunis ;
Et quel bonheur, mes chers amis,
De nous aimer comme en province ,
Et de diner comme à Paris !
M. DOIESML.
Ce sera charmant ! Mais en attendant, chacun à ses affaires.