‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 290 sur 414 · SCENE XIX · texte numérisé non relu

SCENE XIX

Non , au contraire.

ALPHONSE, courant à Ducoudrai.

Dieu ! que viens -je d'entendre !

CAMILLE

Comment ! monsieur, vous étiez là ! Ah ! que vous m'avez fait peur !

ALPHONSE

Rassurez-vous , je quitte votre mère , qui me pardonne , qui me rend son amitié et le titre de gendre.

M. DUMESNIL , froidement.

Ma femme a eu tort , car elle doit savoir que maintenant cette alliance n'est plus possible.

CAMILLE

Ociel!

ALPHONSE

Je conçois, j'ai prévu les objections que vous alliez me faire : un autre a votre parole, et, en cas de rupture, son ressentiment peut vous enlever votre place; mais en épousant votre fille , ma fortune devient la vôtre , et j'acquiers le droit de la partager avec vous.

CAMILLE

Ah ! maintenant , mon parrain , je l'aime tout à fait. (Avec joie , à M. Dumesnil.) Eh bien ! mon père ?

M. DUMESNIL

J'en suis désolé , mon enfant ; mais je ne puis accepter.

Air : Connaissez mieux le grand Eugène.

Pour tenir toujours ma promesse

Je suis connu depuis longtemps ;

Et je préfère à la richesse

L'estime des honnêtes gens.

Oui , peu m'importe une disgrâce

Lorsque mes serments sont tenus :

On peut toujours retrouver une place, L'honneur perdu ne se retrouve plus.

ALPHONSE

Quoi ! monsieur, l'engagement que vous avez pris avec M. de Géronville?...

M. DLMESSIL.

Est sacré pour moi, et rien ne peut le rompre, par la même raison que pour vous, ce matin , j'aurais refusé les plus beaux partis de France.

;yl& LA DEMOISELLE A MARIER.

CAMILLE

Ah , mon Dieu ! que je suis malheureuse !

ALPHONSE

0 ciel! elle pleure!.... Vous le voyez, et vous ne vous laissez pas fléchir ; mon ami, monsieur Ducoudrai , je vous en supplie, parlez pour moi.

CAMILLE

Eh oui ! mon parrain , vous restez là sans rien dire; et cependant ça vous regarde aussi , car je suis votre filleule.

DUCOUDRAI.

C'est vrai, morbleu ! et je me fâcherai aussià mou tour.

M. DUMESNIL

Ça ne servira à rien , car je n'ai pas l'habitude de transiger avec mes devoirs , et je sais ce qui me reste à faire. Camille , allez trouver votre lûére. (Camille et Ducoudrai se retirent vers le fond à droite : M. Duraesnil s'approche d'Alphonse. ) Et quant à VOUS , monsieur, je

vous avais invité à passer la soirée avec nous ; mais, d'après ce qui arrive, vous sentez que cela n'est plus possible , et je vous prierai même, jusqu'au mariage de ma fille, de vouloir bien suspendre vos visites.

ALPHONSE

0 ciel ! ne plus la voir !

CAMILLE

Ah ! je ne pourrai jamais m'y habituer.

ALPHONSE , désolé , à Dumesnil.

Monsieur, rappelez-vous que vous m'avez réduit au désespoir.

M. DUMESNIL, lui prenant la main.

C'est malgré moi , malgré moi , monsieur ; car maintenant vous devez me connaître, vous devez savoir... ( Bas.) Allons, mon ami, vous , qui êtes homme , ayez de la force , du courage ; ayez-en

pour nous trois : (lui montrant Camille, qui pleure) car VOUS voyez que

celle enfant se désole.

DUCOUDRAI , avec colère.

Aussi , c'est ta faute.

H. DUMESNIL

Et toi, au lieu de me chercher querelle, reste avec lui ; (montrant Alphonse) tâche de le soutenir, de le consoler, car je crois qu'ils me feront perdre la tète.

Ah ! que je suis malheureux !

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