‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 302 sur 414 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Puisqu'il le veut, je resterai ; J'obéis, mais non pas sans peine.

SANDFORT.

Fort aisément je le conçois; Le sacrifice est des plus rudes ; II veut, abusant de ses droits, Que vous soyez raisonnable une fois...

C'est déranger vos habitudes.

Monsieur...

SANDFORT.

C'est fâcheux ; mais quand on a un tuteur , et un tuteur qui montre du caractère, ce qu'on a de mieux à faire , c'est de céder.

MISS M1LNER.

Si je cède, monsieur, ce n'est point dans la crainte de son ressentiment , mais dans la crainte de l'affliger en lui désobéissant.

SANDFORT.

A la bonne heure , vous avez raison; il vaut mieux le prendre comme cela. C'est ce que nous appelons une capitulation d'amourpropre.

MISS MILNER

Moi , de l'amour-propre ?

SANDFORT.

Ou, si vous l'aimez mieux, une retraite honorable et prudente. On se retranche dans les sentiments et dans le sublime , quaud on ne peut pas faire autrement.,

MISS MILNER

Il me semble , monsieur , que si je voulais faire autrement , cela dépendrait de moi.

SANDFORT.

Je ne le pense pas.

MISS MILNER

Et qui m'empêcherait de répondre à l'invitation de lady Seymour? de me rendre ce matin à cette partie de plaisir où je suis attendue?

Qui vous en empêchera ? vous-même.

MISS MILNER

Moi?

SANDFORT.

Oui , sans doute ; vous réfléchirez aux ordres de votre tuteur ,

3 i4 SIMPLE HISTOIRE.

à la défense qu'il vous a faite; défense trcs-sage et très-judicieuse, que je louerais davantage encore si la modestie me le permettait.

MISS MILNER

Je comprends , cest monsieur qui la lui a suggérée.

SANDFORT.

Gomme vous dites ; conseils purement désintéressés , et pour lesquels je ne demande pas même de reconnaissance ; ma satisfaction intérieure me suffit.

MISS MILNER

Votre satisfaction ; et laquelle ?

SANDFORT.

Air : On dit que je suis sans malice.

J'ai pour moi l'heureuse pensée Que vous allez être forcée, Malgré vous, indirectement, De m'obéir en ce moment.

MISS MILNER

Vous, monsieur, me parler en maître! Alors, je dois le reconnaître.

Je vous devrai donc un plaisir, Celui de vous désobéir.

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