SCENE III
puis, maintenant que me voilà un état... (regardant Camille) je pourrai réaliser certain projet dont je vous parlerai dans un autre moment.
VICTOR
A merveille ! nous causerons de cela.
(Ici Camille commence à apprêter le déjeuner. ) ÊCIPION.
En revenant j'ai passé chez le portier en face, et chez Antoine , le commissionnaire du coin, que je traite pour rien ; ensuite, j'ai vu un catarrhe et une fluxion de poitrine.
Air de l'Écu de six francs.
J'ai fait donner un apozème, C'était au cinquième, je crois ; J'ai vu deux lièvres au sixième.:.
VICTOR
Tu passes tes jours , je le vois , Dans les greniers et sous les toits.
Des mansardes , chers camarades , Je suis le docteur obligé.
(Montrant l'appartement où ils sont.) Et par calcul je suis logé Dans le quartier de mes malades.
En tout , six visites payantes ; voilà ma matinée , et je rapporte douze francs. Tiens, Camille, toi qui tiens la caisse, serre-uous cela. Savez-vous que si chaque jour il nous en arrivait autant...
VICTOR
Ce cher Scipion !
Écoutez donc : on ne peut pas payer davantage un docteur qui commence , et qui va à pied ; quand j'aurai ma demi-fortune , ce sera hien autre chose. Ensuite, mes amis, tout en faisant mes visites j'ai pensé à vous; c'est une excellente chose que d'avoir un médecin pour ami , ça voit tout le monde , ça va partout ; et voilà comme on parvient. Vous , mes chers camarades , vous avez un talent sédentaire, un mérite paisible; moi, je suis déjà médecin , un peu charlatan , un peu intrigant ; vous attendez chez vous la fortune , et moi je vais au-devant d'elle.
VICTOR
Pour la partager avec nous ?
SCIPIOX.
Fi donc ! entre amis tout le monde donne , et personne ne reçoit.
CAMILLE, qui pendant ce temps a placé les tasses sur la table et verse le chocolat.
A table ! à table ! voici le déjeuner.
Bonne nouvelle , le petit repas de famille ; c'est si agréable.
(Sur la ritournelle et le premier motif de l'air, Auguste arrange les chaises autour de la table; Victor va chercher les serviettes dans la commode, et Scipion coupe du pain. )
CHOEUR
Par l'amitié Charmons le banquet de la vie ;
Par l'amitié Que notre sort soit égayé.
CAMILLE, debout au milieu de la table.
Victor, mettez-vous là , de grâce.
VICTOR , se plaçant à sa droite.
Près de toi ? quel est mon bonheur !
CAMILLE, montrant] l'autre place à côté d'elle. (A Scipion.) Vous ici. La plus belle place Appartient au nouveau docteur.
Auguste, je n'ai pas pour l'heure D'autre place.
( Lui montrant le bout de la table.) AUGUSTE.
C'est la meilleure.
Je ne voudrais pas la céder :
D'ici, je puis te regarder.
(Ils sont tous assis autour de la table.) EN CHOEUR.
Par l'amitié Charmons le banquet de la vie ;
Par l'amitié Que notre sort soit égayé.
CAMILLE, regardant Victor.
Qui bannit la mélancolie ?
VICTOR , la regardant.
Qui de nos maux prend la moitié?
TOUS
C'est l'amitié.
Dieu ! le bon chocolat ! ( Regardant la tasse d'Auguste. ) Auguste en a eu plus que moi !