‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 369 sur 414 · ACTE PREMIER, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCENE II

PINXH0N.

Dieu ! s'amusent-ils ces Parisiens ! et c'est M. le comte qui reçoit, qui héberge tout cela. Via un digne homme !

Air de l'Écu de si\ francs.

C'est un brave et bon militaire , Un bonnète homme , Dieu merci ; Quand on s'mêl' d'être millionnaire , Il faudrait l'être comme lui, Aussi chacun l'aime à la ronde ; Car son bras est à son pays , Son cœur est à tous ses amis , Et sa fortune à tout le monde.

Et son fils, not' jeune maître, c'est un gaillard celui-là ! Ah ! ah !

SIZETTE.

Taisez-vous donc ; ne parlez pas si haut , car il est là ; il dort.

( Désignant la chambre à gauche. )

PlNCnON.

Ah! c'est la porte de sa chambre! Est-ce qu'il est malade, par hasard ?

SIZETTE.

Eh ! vraiment oui. Hier , il est sorti de ce bal avec la fièvre ; et cela n'a fait qu'augmenter cette nuit , du moins à ce que m'a dit Bertrand , qui est déjà entré dans son appartement.

PINCIION.

Ça ne m'étonne pas. Avec un air si doux et si gentil , il parait que c'est un diable , du moins à ce que m'a dit madame Pinchon ; et quand on est le fils d'un général , qu'on a dix-huit ans, de la fortune et une jolie tournure, on fait tout ce qu'on veut, n'est-ce pas , mademoiselle Suzetle ? Mais vous-même , qu'avez-vous donc? plus je vous regarde, et plus je vous trouve changée; non pas que vous ne soyez toujours fraîche et bien gentille , mais les autres années vous étiez si gaie, si étourdie, toujours sautant, toujours courant; et maintenant je vous vois triste et rêveuse. Est-ce que par hasard il vous serait survenu des chagrins ?

SIZETTE.

Est-il étonnant d'en avoir lorsqu'on est orpheline, lorsqu'on est seule au monde ?

PI NCHON.

Seule! vous ne l'êtes pas. N'avez-vous pas été recueillie et élevée par madame la comtesse, auprès de laquelle vous étiez femme

de chambre , il est vrai, mais qui vous a toujours traitée comme son enfant; et après la mort de cette digne dame, son mari, à qui elle vous avait recommandée , n'a-t-il pas toujours eu pour vous les mêmes soins, la même tendresse? Et voyez-vous, mademoiselle Suzette , j'gagerais que l'intention de M. le comte est de vous donner une dot et un épouseur.

SUZETTE

Il serait vrai ?

PINCHON

Tout le monde le dit dans le pays.

SUZETTE

Je l'en remercie ; mais je ne tiens pas à me marier.

PINCHON

Bah ! madame Pinchon disait aussi comme vous , et maintenant demandez-lui-en des nouvelles. En tout cas , et si vous vous décidez , j'ai un parti à vous proposer , un parti auquel je pense depuis longtemps ; mais ma femme vous en parlera , parce que , dans notre ménage , c'est moi qui ai les idées et c'est elle qui a la parole.

(On entend une sonnette dans la chambre du fond. )

Tenez, tenez , c'est M. le comte qui sonne son valet de chambre , qui vous dira si vous pouvez entrer.

PINCHON

Air : Dieu tout puissant, par qui le comestible.

Dépêchons-nous, il sortirait peut-être,

Et je m'en vais , en fermier diligent,

A son lever, offrir à notre maître

Mes humbl's respect's ainsi que mon argent.

( A Suzette. ) Pour vous, quittez cet air triste et sévère ; Que la gaité vienne charmer vos jours ; Et si l'chàteau ne vous en offre guère , V'nez à la ferme, on en trouve toujours.

Ensemble.

SUZETTE

Dépêchez -vous, etc.

PINCHON

Dépêchons-nous, etc.

( Pinchon sort par le fond. )

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