‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 381 sur 414 · ACTE PREMIER, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER, SCÈNE VIII

BERTRAND

Ah çàl quel diable d'homme es-tu donc? tu ne peux rien faire sans sa permission P

PINCHON

C'est là le bonheur du ménage, mon ami; c'est ce qu'il y a de plus doux , lu le verras.

BERTRAND

A la bonne heure. Je n'ai plus qu'un service à te demander, si toutefois madame Pinchon , ma cousine ne s'y oppose pas. Ecoute, je vais partir d'ici avec M. Edouard. Nous allons voir les Grecs.

PINCHON

Les Grecs !

BERTRAND

Oui. Je n'ai jamais servi dans ce régiment-là; mais les Grecs, vois-tu , ce sont de braves gens, des malins qui ne boudent pas. Il parait qu'on se bat chez eux, et gaillardement; c'est même le seul endroit , dans ce moment , où il y ail des coups à gaçmer ; cl comme je connais M. Edouard , il ira en amateur.

PINCHON

Tu crois ?

BERTRAND

Or, malgré ma jambe , tu sens bien que je ne le laisserai pas en route.

PINCHON

Quoi ! tu n'es pas content de ce que tu as déjà ?

BERTRAND

Non ; l'appétit vient en mangeant , comme on dit; et si le hasard voulait... tu m'entends bien , c'est dans les possibles , je te prie de remettre cette lettre et ces papiers à la personne que tu sais bien. Ce n'est pas pour cela que je les avais pris ; mais enfin, c'est dans ces cas-là que l'on compte sur ses amis.

PINCHON

Et tu peux compter sur moi à la vie et à la mort. Dieux ! pour un cousin , pour un ami, il n'y a rien que je ne puisse braver. Dis donc, je pourrai parler de cette commission-là à madame Pinchon ; ça ne le fâchera pas ?

BERTRAND

Du tout ; j'aurais voulu seulement l'embrasser avant mon départ.

PINCHON

Eh bien, sois tranquille , je vais la prendre au marché , et de

la , tous les doux, nous reviendrons par chez toi. Que diable , d'ici à tantôt, tu ne seras pas parti ; il n'est encore que... (Regardant sa montre.) Ah! mon Dieu, onze heures, et pendant que je cause là mes affaires ne se font pas. ( Allant à la fenêtre à gauche. ) Jean , attelle toujours Grisetteà la carriole.

BERTRAND

Mais écoute-moi donc.

PINCUON.

Nous parlerons de cela en marchant , parce que ma femme va m'a (tendre.

Air de la valse des Comédiens.

Depuis c1 matin je suis séparé d'elle ; De mon absence ell' me gronde toujours.

BERTRAND

C'est un tourment qu'un amour si fidèle.

PINCUON.

Ce tourment-là, c'est l'bonheur de mes jours, Quand ell' se fâche , hélas ! elle est si bonne ! C'est pour mon cœur un plaisir toujours neuf; Et quand près d'moi j 'n'entends gronder personne , La peur me prend, il m'sembl' que je suis veuf.

ENSEMBLE

Depuis c'matin j |j |utis ! séparé d'elle :

De | ^ I absence ell' { me j gronde toujours .

C'est un tourment qu'un amour si iidèle ;

Mais c'tourment-là, c'est l'bonheur de j ™|s jours.

( Us sortent par le fond. )

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