‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 395 sur 414 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

PINCHON , madame PINCHON.

MADAME PINCHON

Et moi je ne le veux pas.

PINCHON

J'entends bien, ma petite femme; aussi ce n'est pas moi qui le veux, c'est le général.

MADAME PINCHON

N'importe, lu ne devais pas le souffrir; laisser partir ce brave Bertrand, qui est notre parent, notre ami. Enfin, c'est l'honneur de la famille, c'est le seul militaire que nous ayons; et s'il était tué, ca n'est pas toi qui le remplacerais.

PINCHON

Ce n'est pas là ce que tu me disais il n'y a pas bien longtemps encore.

MADAME PINCnoN.

Mon Dieu, monsieur Pinchon, il y a temps pour tout ; et il ne s'agit pas de cela dans ce moment. Bertrand est-il parti?

Je le crois, car il a été chez lui prendre son paquet, etd'puis on ne l'a plus revu.

HADAME PINCHON.

Et nous ne l'avons pas embrassé! nous ne lui avons seulement pas demandé s'il avait besoin de nos services ?

PINCHON

Si fait, si fait, à telles enseignes , que c'est lui qui m'a demandé de l'argent; mais je ne voulais pas sans te prévenir...

MADAME PINCHON

Est-ce que lu as besoin de mon consentement pour obliger un ami ? Faut-il être bête !

PINCHON

Est-elle bonne; a-t-elle un bon cœur! Il n'y a pas une femme comme celle-là.

MADAME PINCHON

De sorte que ce matin, pendant que j'étais au marché, pendant

que je m'occupais des affaires de la maison , tu n'as rien fait que des bêtises; tu n'as pas même eu l'esprit de payer nos arrérages, et d'avoir notre quittance.

PINCHON

Puisque dans cette famille personne ne veut d'argent. Le père dit que cela regarde son tils, parce que c'est le bien de sa mère, et qu'il est majeur; et le fils m'a dit qu'il n'avait pas le temps, et que d'ailleurs il compterait plus tard avec toi, et qu'il t'attendrait ici dans le pavillon.

Et moi , j'ai voulu que lu vinsses avec moi.

PINCIION.

Et pourquoi?

MADAME PINCHON

Parce que... Je n'ai pas besoin d'autre raison. Je te dis... parce que.

PINCHON

C'est juste. Fallait me le dire plus tôt.

MADAME PINCHON

C'est que ces hommes... celui-là surtout, ça ne se doute de rien , ça ne pense à rien ; et si on n'avait pas de la tète pour deux , je ne sais pas ce que deviendrait la sienne.

PINCHON

Comment , ma femme ?

MADAME PINCHON

Tout ça , ce sont des affaires de ménage qui ne te regardent pas. Puisque Bertrand est parti, il faut au moins, en sou absence, veiller à ses intérêts. As-tu vu mademoiselle Suzette? lui as-lu parlé de notre cousin ?

PINCIION.

Puisque tu t'en étais chargée.

MADAME PINCIION.

C'est juste ; mais ce départ-là changeait tout.

PINCHON

Il fallait donc me le dire. Quand tu ne me dis pas le matin ce qu'il faut faire le soir, moi qui n'ai pas l'habitude de penser tout seul...

MADAME PINCHON

Allons , allons , rien n'est désespéré , je r'arrangerai tout cela.

PINCIION.

Mais c'est qu'aussi tu me grondes sans cesse.

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