SCÈNE Vit
JULIETTE
Et puis il a de l'esprit , des connaissances ; n'est-ce pas, madame ?
URSULE , affectant l'insouciance.
Vous trouvez ? c'est singulier ! Je ne sais pas , moi , je ne l'aimerais pas beaucoup ; mais on ne peut pas disputer des goûts.
JULIETTE
Permettez , je ne dis pas du tout que ce soit un phénix.
MALYIW.
Ni moi non plus.
URSULE
A la bonne heure ; car vous, mesdemoiselles, qui d'ordinaire avez tant de jugement...
JULIETTE
D'abord , son éducation a été très-négligée ; il ne sait pas une note de musique.
MALVINA
Et n'a jamais dansé par principes.
Souvent même il vous marche sur les pieds.
URSULE , riant.
Je dois convenir en effet que sa danse n'est pas très-romantique (sérieusement) ; et puis , ce n'est pas pour en dire du mal , car ce n'est pas sa faute , mais enfin il n'a aucune fortune.
MALVINA
C'est vrai ; je ne pensais pas à cela ; et puisqu'il est question de lui , j'ai envie de vous faire une confidence , et de vous demander un conseil.
URSULE
Eh! mon Dieu ! qu'est-ce donc?
MALVINA
Apprenez , comme je suis l'aînée , que mon père m'a dit tout à l'heure de bien examiner si j'aimais M. Léon , parce que si je n'en veux pas pour mari , on le donnera à ma sœur.
JULIETTE
Eh bien ! voilà qui est aimable. Je vous préviens , ma chère , que vous pouvez le garder : je n'en veux pas.
MALVINA
Eh bien ! mademoiselle, ni moi non plus. D'ailleurs , je crois
que M. Auguste , un jeune notaire, me fait la cour , et qu'il a des intentions.
JULIETTE
Raison de plus ; si ma soeur fait un beau mariage , si elle épouse JM. Auguste, qui a >\i la fortune, à coup sûr, je n'épouserai pas M. Léon , qui n'a rien : ça serait déchoir.
Air de l'Écu de six francs.
Ma sœur aurait un équipage Et brillerait par ses atours; Loin de souffrir un tel partage , Au célibat vouant mes jours , J'aimerais mieux que, pour toujours, Cbacune de. nous restât tille.
MALVINA , effrayée.
Quoi! rester tilles toutes deux !
JULIETTE
Oui, vraiment... si c'est ennuyeux , Du moins on s'ennuie en famille.
Je m'en rapporte à madame.