SCÈNE XIV
IRSULE.
Quelle affaire si importante vous rappelle à Paris ?
LÉON
Deux mots expliqueront le changement survenu clans ma situation : depuis quelques moments je ne suis pas plus heureux, mais je suis plus riche.
URSULE
Que dites-vous ?
LÉON
Jusqu'ici, grâce aux bontés de mon tuteur, je ne m'étais pas aperçu de mon manque de fortune ; d'aujourd'hui seulement j'ai vu à quels dédains, à quelles humiliations il m'exposait! J'ai vu qu'il n'y avait pour moi ni amour, ni amitié à espérer, et je voulais fuir à jamais un monde qui me repoussait , lorsque M. Philippon est venu me retenir, me consoler. « Tu n'as besoin de per- « sonne, m'a-l-il dit : tu as maintenant cent mille écus qui t'ap- « partiennent : avec cela , maintenant , toutes les femmes vont « t'adorer ! »
URSULE, à part.
Grands dieux ! qu'allais-je faire ?
LÈO\.
Il parait qu'un parent éloigné m'a laissé celte fortune , qui me revient comme à son seul héritier; c'est du moins ce que nous a annoncé un homme d'affaires, qui arrivait de Paris, et nous y retournons à l'instant.
URSULE, très-érane.
C'est bien... il suffit... je ne vous retiens plus.
LÉON
Et cependant, madame, vous aviez daigné me promettre...
URSULE
Non , monsieur ; depuis, j'ai réfléchi... ce serait une explication inutile , à laquelle vous auriez raison de ne pas croire , et je n'aurais que la honte d'avoir voulu vous persuader.
LÉON
Mais tout à l'heure , madame, vous vouliez me dire...
URSULE
Je ne le puis plus... Partez, monsieur... oubliez-moi; et puissiez-vous trouver dans la richesse qui vous arrive tout le bonheur que vous méritez I
LÉON
Quoi ! madame , ce sont là vos derniers adieux ?
lit SI LE.
Oui, monsieur.
LÉON, s'éloijrnant.
Ah ! tout est fini pour moi!
(11 sort par la porto à droite.)