‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 92 sur 414 · GABRIEL, JONATHAS · texte numérisé non relu

GABRIEL, JONATHAS

•lONATIIAS.

Couiment ! mon ami, tu es au Havre depuis ce malin ? Comme on se retrouve !... Encore une poignée de main, ça fait plaisir.

CABR1EL.

Ah! mon Dieu, oui, j'arrive à l'instant. Je regardais à la porte d'Ingouville cette jolie maison qui borde la chaussée , je me rappelais les jours heureux que j'y ai passés, l'aimable société qui l'habitait, lorsque tu es venu me heurter, et j'allais peut-être te chercher querelle...

JONATHAS

Lorsque je t'ai reconnu.

GABRIEL

Malgré douze ou quinze ans de séparation.

JONATHAS

Parbleu! Gabriel de Révannes, mou ancien camarade, avec qui j'ai fait toutes mes études au lycée de Rouen.

GABRIEL

Ce cher lycée de Rouen ! le Louis-le-Grand de la Normandie... Nous y avons eu de fiers succès.

JONATHAS

Moi, j'étais le plus fort en thèmes.

GABRIEL

Et moi, le plus fort à la balle.

JONATHAS

Eh , oui ! tu ne faisais pas grand'chose ; mais quand il y avait quelque expédition périlleuse, tu étais là!... Aussi on t'appelait Gabriel le tapageur.

CABR1EL.

Toi, tu ne travaillais pas mal; mais quand il y avait quelques taloches à recevoir, ça te regardait; aussi on t'appelait Jonathas...

JONATHAS

Jonathas le jobard!...

GABRIEL

Oui, le jobard!... Quelle différence entre nous!

Air de la Robe et les Bottes.

Quand des pensums j'avais le privilège , Toi , tu passais pour pioclieur assidu ; Dans tous nos jeux , moi , j'étais , au collège, Toujours battant, et toi , toujours battu.

JONATHAS

Quel heureux temps ! Ma mémoire iidèle, Malgré quinze aus ne l'a point oublié ; Avec plaisir toujours on se rappelle Les coups de poing de l'amitié.

Voilà deux ans que je suis venu m'établir au Havre.

GABRIEL

Moi, j'y suis né; mais voilà dix ans que je l'ai quitté.

JONATHAS

Et pendant ce temps, qu'es-tu devenu ?

GABRIEL

Je suis officier de marine. J'ai couru toutes les mers.

JONATHAS

Tiens , c'est drôle , tu vas dans les iles , et moi j'y envoie.

C'est moins dangereux.

JONATHAS

Tu croispeut-ètre que je suis encore jobard ? pas du tout ; maintenant j'ai de l'esprit, j'ai fait fortune, je suis farceur ; on dit

Page 1