‹ Œuvres choisies de GavarniChapitre 13 sur 22 · LES ACTRICES · texte numérisé non relu

LES ACTRICES

inonde d'aiiioufs. de coquellei'ic. de fleurs, de eliauls el de folles Joies, à faire descendre un saint du ciel pouj' s'y damner.

Mallieureusenieul. hélas ! ce ne sont là que de trop llatteuses calomnies, et les coulisses ne sont guère nioins ennuyeuses que les salons les [dus amusants.

Mais, veuillez donc persuader aux honnêtes femmes que les seules femmes au monde qui ne puissent pas avoir d'intrigues, ce sont les actrices.

Essayez donc de démontrer à un jeune homme que la seule créature do Dieu qui n'ait pas le temps d'aimer, c'est une actrice.

On vous rira très-nettement au nez.

Et cependant, la vérité est là. — Pourquoi donc, vraiment, des femmes libres de toute hypocrisie comme les actrices (et c'est là, du reste, leur seule liberté); des femmes qui peuvent congédier, en souriant, l'amant de la veille en présence de l'amant du jour, se donneraient-elles la vanité gênante de l'intrigue? A quoi bon, pour elles, tromper? Et d'ailleurs, qui tromperaient-elles? Ne sait-on pas constamment le nom des heureux, et souvent même jusqu'aux raisons, chiffrées ou non, de leur bonheur? Reconnaissons donc l'extrême loyauté des actrices en fait de sentiments faux : et disons, au risque d'être vrai, qu'il y a plus d'intrigues, de ruses et de trahisons dans une fniblcssi' de femme honnête, que dans tons les accidents amou reux de la vie d'une actrice.

— Mais, s'écrieront les vieux Don Jnaude théâtre, ceci n'enlève rien aux actrices de leur esprit si hardiment imagé, et si fringant à la réplique.

Et pour preuves, ils entameront le répertoire des vieilles saillies que ces dames se transmettent depuis Sophie Arnoud. — Sur quoi nous les arrêterons net. — Ah ! mon Dieu , oui. — Car, en fait de bons mots, ceux qu'on répète n'ont jamais été dits. Ce sont choses qui se font à loisir comme les dévouements historiques et les deruières paroles des grands hommes. — Toutefois, méconnaître une certaine ven'e chez les actrices serait une injustice au rebours; mais pourtant, écoutez-les bien, et vous verrez que le plus clair de leur esprit consiste, peut-être, à oser dire avec des jupons ce qui, d'ordinaire, ne se prononce qu'avec des culottes [vieux slijle).

Non, les actrices ne sont ni plus coquettes, ni plus trompeuses que les autres femmes ; non, elles ne ressemblent en rien à ces joyeuses Madeleines sans repentir, à ces Armides voluptueuses et perfides, à ces sirènes sans

OlîUVIiES DE GAVAUNl.

queue de poisson, créées à leur inleulioii par la leireur des familles el par la vanité dos gros protecteurs de cinquante ans. — Et c'est grand dommage ! — 11 serait vraiment désirable de pouvoir se désennuyer parfois des bonheurs respectables , auprès de créatures aussi adorablement perverses, — si elles existaient ! — Mais s'il est, au contraire, une carrière prosaïque et cerclét d'ennuis pour une femme, c'est celle du théâtre. Vous parlez de liberté : quel esclave est donc rivé à une chaîne aussi courte que celle qui attache l'actrice au public? Et que de maîtres sans compter le publie ! L'actrice doit plaire et sourire à tous, heureuse oucore quand il ne lui en coûte qu'un sourire ! Aussi fait-elle, avec raison, payer son esclavage le plus chèrement possible. Son insouciance pour la fortune consiste à vendre son talent au plus haut enchérisseur, et sa légèreté ne l'entraîne jamais à faire que des folies d'un excellent rapport. — Sans parler de la cause de leur beauté, qu'elles plaident chaque soir devant la rampe, les actrices poussent souvent l'amour de la justice jusqu'à plaider à tout propos, et signent toujours, dans leur désintéressement, moins de billets doux que de papiers tind)rés. Loin d'être folles et dissipées, les actrices sont donc de fort sensées personnes, plus occupées de leurs intérêts que de leurs plaisirs, et moins jalouses de leurs plus belles amours cjue de leur moindre rôle. On en voit même qui savent placer leurs caprices avec une prévoyance aussi sage que celle des mères quand il s'agit d'établir leurs enfants. Excellents garçons, du reste, avec leurs amis, et d'un dévouement à toute épreuve pour leurs camarades — laides, — les actrices sont suitout d'une bonté louchante pour celles de leurs rivales qui ne réussissent pas. Nulle différence bien sensible n'existe doue, comme on voit, entre les actrices el les autres femmes. El comment, d'ailleurs-, en serait-il autrement ? La comédie serait-elle chose si étrangère aux femmes, que la jouer en public fut une raison de changement pour elles? Nous le croyons peu. Aussi déclarons-nous que les actrices sont tout simplement de charmantes femmes, — quand elles sont charmantes.

Et maintenant, libre à vous de penser, si bon vous semble, (pic toutes les femmes sont plus sûrement encore de charmantes actrices.

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