‹ Œuvres choisies de GavarniChapitre 9 sur 22 · LORETTES · texte numérisé non relu

LORETTES

Origine de U I.n

J. HETZEL

.ES LORETTKS.

En abordanl cet intéressant sujet, nous sommes arrêté par une (question de linguistique et d'étymologie. Ouvrez tous les dictionnaires, les bons et les mauvais, celui de l'Académie, celui de Restaut, celui de Boiste, celui de Wailly, voire celui de Napoléon Landais, à la lettre L, et parcourez du haut en bas leurs colonnes, et vous n'y trouverez pas le vocable Loretta.

C'est peut-être le plus jeune mot delà langue française; il a cinq ans à l'heure qu'il est, ni plus ni moins, l'âge des constructions qui s'étendent derrière Notre-Dame-deLorelte, depuis la rue Saint-Lazare jusqu'à la place Bréda, naguère encore à l'état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierre de taille, ornées de sculptures.

Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simukr la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l'humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes elles soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. Ces locataires d'un nouveau genre, calorifères économiques à l'usage des bâtisses récentes, reçurent dans l'origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d'cxsuyciisra de plùlrex. L'appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs.

A force d'entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question Il où demeurez-vous, oîi allons-nous? » si naturelle à la fin d'un bal public, ou à la sortie d'un petit théâtre, l'idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom dn quartier à la personne, el le mol Loretle a été trouvé. Ce (|u'il y a de certain, c'esl qu'il a l'Ii' lilhogiapliii' pniir la première fois par Gavarni,

LHS LOliETTI'S.

dans les légendes de ses chaniiiiiils cioquis, el iin|iriMit' |iiii- Nosdir Roiiueplan dans ses nouvelles à la main.

Maintenaiit,que nons voilà fixé sur ceKe étynioloyie, qui aui\iil bien pu devenir peu lucide dans deux mille ans. el comme dit Nicolas Boileau Despréaux :

Aux S:niniais(.*> i'uluis pt'i'|)ui"L'r dus torlui'os,

passons à la délinition de la Lorelle. car la chose est nouvelle comme le mot. — La Loretta n'est ni une griselte ni une femme entretenue. La grisette se perd, elle n'existe guère plus que dans les romans de M. de Koek, oij elle continue à faire des crêpes, à manger des marrons et à boire du cidre, pour l'édification des duchesses étrangères qui étudient les mœurs françaises. — Une profonde différence sépare la grisette de la Lorette.La grisette a un état quelconque, elle est couturière, chaniarrense, brodeuse, etc., etc. Elle travaille toute la semaine, et ne donne au plaisir qu'un jour sur sept : grâce au modique revenu que lui crée son aiguille, elle conserve son libre arbitre el son indépendance. Son amoureux ne peut lui faire accepter qu'une robe, un souper ou quelque bagatelle analogue : mais elle se nourrit elle-même, le plus souvent, de radis, de lait et de pommes crues, et professe pour les cadeaux en argent monnayé une vertueuse aversion. La Lorette, comme le lis dont parle l'Écriture, ne fdc pas cl iir Inivaille pns; elle a emprunté, sans le savoir, cette magnifique devise à la légende héraldique du pavillon de France. La servitude de la femme entretenue, proprement dite, répugne également à son caractère inégal et fantasque; elle aime mieux courir les chances d'aventures compliquées et d'amours multiples. Ordinairement, fille de portier, la Lorette a eu d'abord pour ambition d'être chanteuse, danseuse ou comédienne; elle a dans son bas-âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques plies dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l'Opéra ; elles ont toutes manqué d'être premiers sujets. Cela a tenu, disentelles, aux manœuvres d'un amant évincé ou rebuté ; mais elles s'en nioqueiit. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia el de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l'on ne pour-

OEUVllES \)K C.WAIÎM.

niil, k soir, fiiiro vis-à-vis à In reine Poiiiaré an bal Mabiie pour une polka, mazurka on frotleska. si l'on avail fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pieel frais. La Lorette a souveni équipage, ou tout au moins voiture au mois. — Parfois aussi elle n'a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l'asphalte avec une gaieté intempestive. Un jour elle nourrit son cliien de blanc-manger ; l'autre, elle n'a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d'amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprices que la femme entretenne, moins capable d'amour que la grisette, la Loretle a compris son temps, et l'amuse comme il veut l'être ; son esprit est un composé de 1 argot du théâtre, du jokey-club et de l'atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange! elle a. si l'on peut s'exprimer ainsi, l'innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde; elle trouve tout simple d'avoir une collection d'Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c'est ainsi qu'elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords chargés de roubles et de guinées. — Quelquesunes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d'épargne; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence.

La Lorette ne peut pas avoir moins de quinze ans (au-dessous elle rentre dans la catégorie des rats), ni plus de vingt-neuf ans. — Que deviennentelles passé cet âge? G est une grave question et qui n'a jamais pu être résolue d'iine manière satisfaisante. Que deviennent les fusées après le feu d'artifice? Que deviennent les bouquets de la veille, les toilettes de bal, quand la fête est finie? Que devient tout ce qui brille, s'épanouit et disparaît. — Il est probable, pourtant, que celles qui n'épousent pas de princes étrangers reviennent à leur point de départ, c'est-à-dire, à la loge du porlier, et font des ménages dans leurs vieiix jours,

TiiKomuF. GAUTIER

CEUVRES DE GAV^RNi

ité, M'sieu, de l'honneur de vous voir' Et la santé, Mcsieu, cominetit va-l-e!le? Mais .. pas mal... Et vous'?

r.fiivi' li:ir I.VVIKIUI

OEUVRES DE GAVARKl.

— Je voas garde on coupon pour Ghanlereine, jeudi, mon petit Charles : je ]oue

— (la sera drôle!

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("■nvé p;ir Leblanc-

5UVRES DE GAVARNI

adoré, dis -moi ton petit

dlllVi' unr bMlA F.T CiKIlVllU

ŒUVRES DE GAVARNI

I perdu ses plus belles années, tout ce qu'on avait d'illusion, de simplicité de c(pur; [!... et tout!...

un crapaud

CiMvr pur l!iii:vii:r,i

ŒUVRES DE GAVARNI

Les Lorettes.

Cré chien! Lolse, l'as là une casq

— Onpeochouelle!

Gravé |);ir Vkiuieil.

Les Loreltes.

T as bien tort, va, ma fille, de laisser ta petite te parler comme ça ! ... Dis : Grand'mère, lu ni

(iravû par Huzii.uwici

7i-.yS DJ'l GAVARKT.

Mon petit hûiïima, faut être raisoQQîble... c'est mon parrain qui veat abso'ument u laire un sort dans son bien des Bouches -du -Rhône, pour l'éducation de sa petite... Je vas te laisser la mienne...

Gr.ivc \y.\f B,M.'i.,iKT.

OEUVRES DE GAVARni.

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Gnivc' nnr Baka el Gékakd.

OEUVRES DE GAVARNl.

Les LoreUes.

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