‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 2)Chapitre 119 sur 134 · ACTE IV, SCÈNE-VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE-VII

Sur um parti qu’en vain vous et moi conseillons. xMoi, j’aime fort Valère, et je vois avec peine Qu’il' se soit annoncé par donner une scène ;

Mais, soit dit entre nous, pcut-on compter sur lui?

A bien examinée ce qu’il fait aujourd’hui.

On imagineroit qu’il détruit notrè ouvrage.

Qu’il agit sourdement contre son mariage ;

Il veut, il ne veut plus : sait-il ce qn’’il lui faut?

Il est près de Ghloé, qu’il refusoit tantôt.

ARISTE

Tout seroit expliqué si l’on cessoit de nuire.

Si la méchanceté ne chcrchoit à détruire...

CLÉON

Oh bon 1 quelle folie 1 Êtes-vous de ces gens Soupçonneux, ombrageux? croyez-vous aux raéchanis? Et réalisez-vous cet être imaginaire,

Ce petit préjugé qui ne va qu’au vulgaire?

Pour moi, je n’y crois pas : soit dit sans intérêt,

' Tout le monde est méchant, et personne ne l’est;

On reçoit et l’on rend ; 6n est à peu près quitte : Parlez-vous des propos? comme il n’est ni mérite.

Ni goût, ni jugement qui ne soit contredit,*

Que rien n’est vrai sur rien, qu’importe ce qu’on dit? Tel sera mon héros, et tel sera le vôtre.

L’aigle d’une maison n’est qu’un sot dans une autre.

Je dis ici qu’Éraste est un mauvais plaisant ;

Eh bienl on dit ailleurs qu’Érasto est amusant.

Si vous parlez des faits et des tracasseries.

Je n’y vois dans le fond que des plaisanteries ;

Et si vous attachez du crime à tout cela ,

Beaucoup d’honnêtes gens sont de ces fripons-lk.

LE MECHANT

L'agrément couvre tout, il rend tout légitime : • Aujourd’hui dans le monde on ne connoît qu’un crime. C’est l’ennui; pour le fuir tous les moyens sont bons ;

Il gagneroit bientôt les meilleures maisons Si l’on s’aimoit si fort; l’amusement circule Par les préventions, les torts, le ridicule :

Au reste chacun parle et fait comme il l’entend.

Tout est mal, tout est bien, tout le monde est content.

ÂRISTB.

On n’a rien à répondre à de telles maximes :

Tout est indifférent pour les âmes sublimes.

Le plaisir, dites-vous, y gagne; en vérité,

Je n’ai vu que l’ennui chez la méchanceté :

Ce jargon éternel de la froide ironie ,

L’atr de*dénigrement, l’aigreur, la jalousie.

Ce ton mystérieux , ces petits mots sans fin ,*

Toujours avec un air qui voudroit être fin;

Ces indiscrétions, ces rapports infidèles,

. Ces basses faussetés, ces trahisons cruelles;

Tout cela n’est-il pas, à le bien définir,

L’image de la haine, et la mort du plaisir?

Aussi ne voit-on plus , où sont ces caractères,

L’aisance, la franchise, et les plaisirs sincères.

On est en garde, on doute enfin si Ton rira :

L’esprit qu’on veut avoir gâte celui qu’on a.

De la joie et du coeur on perd l'heureux langage Pour l’absurde talent d’un triste persiflage.

Faut-il donc s’ennuyer pour être du bon air.^

Mais, sans perdre en discours un temps qui nous est cher, Venons au fait, monsieur; connoissez ma droiture :

Si vous ôtes ici , comme on le conjecture,

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