‹ Œuvres choisies de Gresset (volume 2)Chapitre 127 sur 134 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

GÈRONTE, CLÉON.

géronte.

Je ne veux rien entendre ; Votre premier conseil est le seul qui soit bon •

Je n’oublierai jamais cette obligation.

Cessez de me parler pour ce petit Valère ;

Il ne sait ce qu’il veut, mais il sait me déplaire :

Il refusoit tantôt, il consent maintenant.

Moi, je n’ai qu’un avis, c’est un impertinent.

Ma sœur sur son chapitre est, dit-on, revenue- Autre esprit inégal sans aucune tenue :

Mais ils ont beau s’unir, je ne suis pas un sot;

Ln fou n est pas mon fait, voila mon dernier mot. Qu’ils en enragent tous, je n’en suis pas plus triste. Que dites-vous aussi de ce bon homme Ariste ?

Ma foi , mon viéux ami n’a plus le sens commun ; Plein de préventions, discoureur importun,

Il veut que vous soyez l’auteur d’une satire Où je suis pour ma part; il vous fait même écrire Ma lettre de tantôt : vainement je lui dis Qu’elle étoit clairement d’un de vos ennemis, Puisqu’on voulpit donner des soupçons sur vous-même Rien n’y fait : il soutient son absurde système ;

LB MÉCHANI-

Soit dit confidemment, je crois qu’il est jaloux De tous les sentiments qui m’attachent à vous.

CLÉON

Qu’il choisisse donc mieux les crimes qu’il me donne; Car moi, je suis si loin d’écrire sur personne,

Que, sans autre sujet, j’ai renvoyé Frontin Sur le simple soupçon qu’il étoit écrivain ;

Il m’étoit revenu que dans des brouilleries.

On l’avoit employé pour des tracasseries :

On peut nous imputer les fautes de nos gens,

Et je m’en suis défait de peur des accidents.

Je ne répondrois pas qu’il n’eût part’ au mystère De l’écrit contre vous ; et peut-être Valèré7 "

Qui refusoit d’abord, et qui connoît Frontin Depuis qu’il me connoît, s’est servi de sa main Pour écrire à sa mère une lettre anonyme.

Au reste... il ne faut point que cela vous anime Contre lui ; ce soupçon peut n’ètre pas fondé.

GÉRONTE

Oh ! vous êtes trop bon : je suis persuadé,

Par le ton qu’employoit ce petit agréable,

Qu’il est faux, méchant, noir, et qu’il est bien capable Du mauvais procédé dont on veut vous noircir.

Qu’on vous accuse encore 1 oh ! laissez les venir. Puisque de leur présence on no peut se défaire.

Je vais leur déclarer d’une façon très-claire

Que je romps tout accord ; car, sans comparaison ,

J’aime mieux vingt procès qu’un fat dans ma maison.

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